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« CONGO, CONGO », le dixième poème de Lisette Lombé

CONGO, CONGO

 

Congo-morgue,

Combien de vies contre une tonne de coltan ou de cuivre ?

Combien d’enfances dans tes blessures à ciel ouvert ?

Congo-chant de crécelles,

Aux pieds de qui s’agenouiller pour implorer la paix quand les dieux, eux-mêmes, jouent à la marelle avec tes dirigeants et les actionnaires de la planète fric ?

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« Après l’amour, l’amour », le neuvième poème de Lisette Lombé

 APRÈS L’AMOUR, L’AMOUR
 

J’avais bien remarqué que quelque chose clochait durant le souper.

Tu étais pâle, coquille vide, là sans être là.

Tu mangeais tes frites avec tes couverts et pas avec les doigts.

 

Disparus,

le sourire béat des jours précédents, les soupirs d’aise,

et le disque ambré de ton aura.

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« 25 novembre », le huitième poème de Lisette Lombé

 25 NOVEMBRE 

Voilà comment…
Voilà comment, de la manière la plus saisissante qui soit,
voilà comment nos thorax se sont, un jour, ouverts en deux.

 

Certaines d’entre nous parlent de bombes sous les os.
Certaines d’entre nous parlent de trou béant dans la poitrine ou de fosses abyssales.
Certaines d’entre nous parlent de grande déchirure dans le ciel,
de saisons inversées,
d’écorces qui se craquellent sous la pression d’immenses souffrances.

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« Manger », le septième poème de Lisette Lombé

MANGER

Dans une autre vie, j’ai joué le jeu.
J’ai rempli des caddies en respectant à la lettre des listes de fournitures scolaires.
J’ai collé une étiquette avec le prénom de mes enfants sur tout, absolument tout, ce qui leur appartenait.
J’ai recouvert des cahiers d’écriture avec un film plastique qui gondolait et chaque bulle d’air semblait dire de moi que j’étais une mère manquant de soin.
Je me suis distribué des gommettes rouges en amont des critiques.

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« Quizz de l’aube », le sixième poème de Lisette Lombé

QUIZZ DE L’AUBE

□ A □ B □ C □ D □ E

 

COCHE A si…

Ta langue est un boa. Constriction des réacs.
Pas besoin de venin pour l’attaque antifa.
Tu saisis, tu serres, tu avales et tu digères.
L’arnaque dissoute dans un acide pur et fier .

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« Dix ans de plus », le cinquième poème de Lisette Lombé

 

Dix ans de plus

 

Vas-y ! Vas-y, le bras !
T’arrête pas pour moi !
Surtout, t’arrête pas !
Tourne, tourne.
Cherche la brûlure.
On s’arrangera avec l’épaule, demain.
On s’excusera pour la couture de la manche, pour l’arrachement, pour la souffrance, demain.
Vas-y, le bras !
Tourne, tourne.
Cherche la brûlure.
Étourdis les sentinelles du temps.
Tourne, tourne.
Et rappelle-toi de toi il y a dix ans.

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« Révolutions intérieures », le quatrième poème de Lisette Lombé

 

Révolutions intérieures

JE DANSE

langue loque,
piment de la première strophe,
ligne de sueur sous mon poumon politique,
bracelets de cheville en verre pilé.
Piétiner toute poésie qui ne saignerait pas assez.

JE DANSE

robe blanche, linceul de l’éveil,
épaules recouvertes de pollen.
Ma mère dit que ça ne se fait pas, quand on a des voisins,
de faire sécher ses petites culottes dans le jardin.
Et je la crois.

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« Promesses, promesses », Le troisième poème de Lisette Lombé

Promesses, Promesses

 

Mémoires friables.
Fenêtres ouvertes.
Vent frais sur nos fronts.

Seconde de silence
juste avant les applaudissements.

Vingt heures pile.

Encouragements censés s’envoler vers le personnel soignant
mais élan inverse de l’hélium.
Ballon d’espoir qui se dégonfle au pic des contaminations,
retombe sur le flanc,
à côté d’une haie
de déshonneur.

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Le deuxième poème de Lisette Lombé

Et nous parlerons alors le même langage

 

DEMANDEZ-MOI pour qui je voterai aux prochaines élections, pour qui j’irai glisser dans les urnes le ticket gagnant du futur de mes enfants

et vous comprendrez le mot CONFIANCE.

 

DEMANDEZ- MOI pardon pour la gauche guimauve, pardon pour la droite draculesque, pardon pour le ventre fourre-tout du centre, sincèrement pardon

et vous comprendrez le mot COURAGE.

 

DEMANDEZ-MOI combien de couleuvres, combien de sornettes, combien de gouttelettes de spermes ou de sottes promesses j’ai avalées depuis mon adolescence

et vous comprendrez le mot DOMINATION.

 

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Le premier poème de Lisette Lombé

Sous la vareuse de foot

 

Comme un harpon,

planté droit dans le carré de chair le plus vulnérable

d’une bête se croyant à l’abri de la voracité des hommes,

voilà que se sont mises à déferler,

sur mes sages journées,

les images de ces enfants

bien plus jeunes que la plus jeune de mes enfants.

 

Ai tenté d’éviter mâchoire du haut qui tremble
et mâchoire du bas qui tremble dans l’autre sens.
Ai tenté d’éviter foyers gravats civières cendres visages poussière vivres balancés du ciel bombes ruades réflexes de survie affolement filets de sang morts décomptes vertige otages fantômes chiffres documenter documenter attaques noms prénoms familles fosses hôpitaux de fortune frontières peau de chagrin danser tomber sol larmes sept octobre faillite collective militaires rapine selfies jouets lingerie bijoux barrages corps documenter outrages documenter linceul international documenter une jambe au lieu de deux un bras au lieu de deux un parent au lieu de deux alignement alignement minuscules draps blancs.

Ai tenté,

quelque part entre bonne et mauvaise conscience.

Ai tenté d’éviter

mais déjà déroute,

mais déjà désastre,

passés de la rétine à la moelle sensible.

 

Un enfant,

le redire,

bien plus jeune que la plus jeune de mes enfants,

partage sa ration de nourriture avec un chien.

Division du dénuement.

Un autre,

à plat ventre dans la boue,

boit l’eau d’une flaque.

Soif de justice.

Un autre dit : « Ton père est un martyr »

Orphelin automate.

Petites mains pinces de crabe.

Sphincters ouverts.

sous la vareuse de foot,

un cri cherche sa voix.