• Fleurs de funérailles

    POÈMES FUNÉRAIRES PERSONNALISÉS

« INDEX DES POÈMES PERSONNALISÉS

 

Véronique Daine : « Deux arbres » (+vidéo)

Paul Demets : « Re-respire (pour R.) »

Laurent Demoulin : « La mort nous a volé »

Aurélien Dony : « Pour Tico » et « Sur les tambours »

Perrine Estienne : « Simon »

Rose-Marie François : poème en allemand pour les familles du personnel soignant victime du Covid

Aliette Griz : « Tout jour là »

Luuk Gruwez : « L’art de l’arbre »

Gioia Kayaga : « Au personnel soignant » et « Pour Emile Ngondo Mbala »

Caroline Lamarche : « Pour Jacques De Decker » (« Voor Jacques De Decker »)  et « Pour Xavier »

Philippe Leuckx : « Pour C. »

Béatrice Libert : « Pour la Clinique Notre-Dame de Grâce, à Gosselies »

Françoise Lison-Leroy : « Un pas plus près » et « Hommage à un enfant »

Lisette Lombé : « Cher J. »

Philippe Mathy : « Pour Béatrice H. »

Manza : « Mon monument, échos d’héritage »

Christian Merveille : « Pour Y. O. »

Yves Namur : « Tombeau pour une unième nuit » (+vidéo)

Carl Norac : « Paysage d’un homme » et « Un signe de la main » et « Lettre vive à Marcel Moreau » (+vidéo) et « Pour Mawda »

Colette Nys-Mazure : « À Marie Madeleine Mpembe Olongo (Peepe) »

Béatrice Renard : « D’une sœur à un frère… »

Timotéo Sergoï : « Pour Mme C. R. »

Jacques Sojcher : « Hommage à Marcel Moreau »

Pascale Toussaint : « À Evelyne »

Laurence Vielle : « Valse pour ceux qui soignent »

Laurence Vielle et Carl Norac : « Où que le cœur se pose »

 

 

Avec le soutien de la Loterie Nationale et ses joueurs.

 

 

 

Aurélien Dony : « Sur les tambours »

Pour Jean-Claude Crommelynck

 

Eh, copain, ami,

J’ai tourné retourné des vers

Dans un terreau de larmes

De mots convenus sur des airs d’église

Ecrit ligne à ligne des poèmes de départ

Mais merde quoi

Que ferais-tu vraiment

D’un poème de départ

Un poème-couronne pour fleurir ton absence

Pour évoquer tes jours comme jauniraient tes livres

Souligner le silence qui se colle à tes pas

Pleurer sur ton blouson la cigarette absente

S’apitoyer enfin sur ta voix qui s’est tue

Allez

J’entends ton rire gonfler le vent

Eh, camarade, ami, je ne veux pas ne veux pas non

Ecrire des vers comme on regrette ou comme on pleure

Des vers comme il pleut sur les mots

Des vers comme ça quoi sérieusement

T’en aurais fait

Bois pour le feu

Le cœur serré tous tes copains

Battent tambour pour ton départ

Tous les copains, les camarades,

Chopent tes vers comme des parpaings

Tous tes copains, tes camarades,

Se tiennent droit.e.s sur le pavé

Et font putain monter un chant

À creuser des trous de lumière

À même les collines du Néant

Ecoute un peu putain leur voix

Ecoute un peu comme c’est la tienne

Ecoute un peu ça qui vrombit

Qui grouille pour te donner racines

Pour te faire arbre parmi les arbres

Pour te porter comme un fanal

Ecoute un peu sûr que leurs vers

Se parfument pas à l’hémistiche

À la césure, à la rimes riches,

À la charogne d’un sonnet,

On bat tambour, on gueule j’te dis

On gueule tes mots comme tu tenais

Tête à la mort,

Tête à l’immensité du vide

Tête aux refrains des plaines mornes

Tête à la fatigue édentée

Tête aux logiques mercantiles

Tête à tout quand tout méprise

Arrache, insulte, profane, écrase

Tête à ce qui

N’est pas lumière

Tête, tête, tête, tenir tête

Tête, tête, tête, tenir

Eh, copain, camarade

Tu nous auras appris

Qu’on peut tenir, putain

Tenir

Et là

Tu vois

Si nous tenons

Malgré le choc

Malgré l’ébranlement certain

Qu’a provoqué ta volte-face

Si nous tenons

Pour peu qu’on tienne

C’est qu’aujourd’hui

On prend exemple

Ceejay

Sur tes racines

On se plante profond

On s’enracine

Puis quoi on fait bouger nos branches

Pour un salut à la hauteur

Des cimes où t’as posé ta voix

Carl Norac : « Pour Mawda »

POUR MAWDA

 

On a dit qu’elle est tombée de la voiture.

On a dit qu’on n’avait pas tiré.

Mais la courte flamme a bien fusé

sous le toit de la sirène vrombissante.

Alors, on a dit qu’on visait un pneu,

pas cette joue d’enfant transpercée,

mais ce pneu qui aurait envoyé

le monde valdinguer.

On a dit, on a médit, on a redit.

On dit souvent tant de choses.

 

Son nom était chantant, beaucoup de a

et deux w pour adoucir : Zaak-Mawda Shawri.

Pour elle, son pays avait le bruit

d’un papier que l’on déchire.

Deux ans de vie, ballottée aux frontières,

épelant Angleterre comme un bout de prière,

suivant les marchands de misère,

elle attendait ce calme, vous savez bien:

le silence qui vient sans qu’un cri ne l’annonce.

Qu’a-t-elle pu comprendre ensuite

de la folle poursuite, des hurlements, puis rien ?

 

Mawda est morte face aux plaines de mon enfance,

grisées de vert, aux pâturages sans âge,

rues brisées qui courent vers les bruyères,

où le temps passe seulement quand il y pense,

où le vent converse d’abandon avec un sapin, un saule

ou avec quelque ruminant posé ici de toute éternité.

De ce paysage jamais flamboyant

mais que rien ne rompt ou ne fend,

elle n’aperçut que le soir le plus rouge.

 

Quitter un pays qui se déchire comme une page

pour mourir à cause du seul papier qu’on n’a pas.

On dit souvent tant de choses.

Trop de choses. Mais les mots manquent parfois.

 

 17 mai 2018, sur l’E42, près de Maisières,

un procès pour entendre une vérité

à Mons le 23 et 24 novembre 2020

Manza : « Mon monument, échos d’héritage »

à ma mère, Bentaleb Fadila 04.11.20 

Repose en paix ma Reine. 

 

Enfance vers une errance,

sécheresse historique, terres arides,

besoin de délivrances,

parcourir des centaines de kilomètres,

quitter son village natal pour survivre

ou refuser de disparaître,

rassemblements de familles entières

vers l’inconnu d’une ville

où la vie nous deviendrait un peu plus tranquille,

à pieds de Al Houceima à Tétouan,

faire en sorte que continue l’héritage du sang,

laisser derrière soi nos souvenirs de laboureurs,

trouver un coin de paix

où, après les périples, un peu de repos, un peu de bonheur

mais on a rien sans rien alors les bas, on les prend comme des âmes sœurs,

sans courber l’échine

car on a été éduqué dans le code de l’honneur

 

Nos mères et pères tantôt unis, tantôt divisés, sales histoires de biens,

de dettes et de « qui va t’épouser ? »

Plus rien à laver, le linge sale, c’est l’infamie !

Querelles ancestrales,

mutilant toute une famille,

jusqu’à aujourd’hui ruminer sa rancœur,

se sentir abusé, trop souvent trahi comme humilié

et à part un marabout plus personne pour communiquer,

traverser les enfers des mensonges,  le cœur scié à en chier,

quand un père fait tous les choix même de toujours tout décider,

même dans le mauvais, tire les ficelles,

nous livrant à destins de polichinelles!

Eduquer dans les traditions berbères,

à la guerre comme à la guerre!

 

La paix? On ne la trouvera qu’une fois poussières…

Reste pour s’évader: le souvenir des berceuses « Lala Bouya »

de nos mères, entendre l’appel à la prière

résonner dans le silence de nos galères

mais la famille c’est la famille,

on pardonne même si on n’oublie pas,

parce que rifains, nous sommes, au Rif, on reviendra…

si on s’en va c’est pour mieux y revenir

dans la peine ou dans la joie

comme le soleil au ciel, on lui appartiendra…

Fin

Pascale Toussaint : « À Evelyne »

À Evelyne

Roses de la vie blanches roses rouges

Roses de l’amour roses de la mort

Roses de la vie que tu n’as pas eu

Le temps de cueillir roses de l’amour

Tu les redoutais tu les espérais

Ces dates fleuries ces jours de bouquet

Où les autres toutes les autres femmes

Savent qu’on les aime et pourront aimer

La vie et l’amour roses de la vie

Roses de l’amour rouges blanches roses

Roses de la mort roses qu’on te jette

Toi qui as compté jusques à soixante

Soixante printemps ou soixante hivers

On jette sur toi nos regards moroses

Ta vie sans vie fut sans fleurs sans couleurs

On jette sur toi dans ce trou béant

Toi qu’on ne voit plus toi qui es partie

On jette des fleurs roses de la vie

Qui ne reverront jamais plus le ciel

On jette en ce trou des brassées de roses

Roses de la vie roses rouges blanches

Roses de la mort roses de l’amour

Perrine Estienne : « Simon »

Simon

 

Salut Simon,
De ton histoire, on m’a dit l’humour et l’amitié, la détresse et la maladresse aussi, le goût des
récits, du dessin…
De ta vie, on m’a raconté
Bali, rugby, Nigeria, manga

 

Manga… mot japonais signifiant esquisse malhabile, dessin au trait libre ;
Se lit autrement, se découvre par la fin.

 

Salut Simon,
De droite à gauche,
Libre de regarder ailleurs,
D’entraîner le rire, le toucher, la vie.

 

Tourne une page,
Avec incompréhension, tristesse.

 

Tourne encore, avec toi cette fois,
Trouve amour et réconfort,
Quel que soit le sens de lecture.

 

Philippe, Michel, Thomas, Julien et Joy
Raconte-nous Simon, et dis-leurs :

 

De droite à gauche, de haut en bas,
Entre texte et image,
Rappelle-nous à toi.

 

Salut Simon,
Salut… « sauvé », « heureux »
Et si fin pouvait aussi être début ?
Salut,
De joie et d’amour, dont tu proviens
Et au-delà,
Simon, salut.

À Simon, sa famille et ses proches.

Laurence Vielle et Carl Norac : « Où que le coeur se pose »

Pour Martine et en amitié avec Ludivine

 

Nous sommes à portée d’un souffle,

ce seul souffle qui nous sépare devient un monde.

Nous sommes à portée d’un battement,

ce battement, où que le cœur se pose,

en son absence soudaine devient un monde.

Mais j’étais à tes côtés, souffle et battement,

ciel dans la main, partage de chaleur.

Tu as franchi le seuil, j’étais là

comme tu le fus, toi qui vivais pour les autres.

La nuit ne sera jamais une couverture

pour celle qui la drape seulement,

par les mots, de transparence.

Sans pathos, ni ostentation,

nous voilà,

simplement, comme tu l’aimais :

être au cœur des choses,

avec cette façon d’être au jour

à la fois discrète et intense.

Avant de rejoindre la vague, tu as dit :

« J’ai fait tout ce que je voulais faire ».

Tu n’es plus là, mais nous sommes.

Au bout du souffle, du battement,

où que le cœur se pose.

Nous sommes à portée d’une main,

le ciel de ta main, ta main qui moissonnait,

pour toujours au cœur de la mienne

les enfants que tu aidais sont au bout de mes lèvres

et je contemple l’horizon pleine de ton regard

Nous regardons le monde

Je compte le temps qui file

le temps qui nous sépare qui s’égrène et se compte

le temps qui nous rapproche

car à l’horizon de la vague

nous sommes unies je le sais

tu es la fleur du bouquet de ce jour

et la lumière de ce ciel,

l’air très doux nous caresse.

Nous sommes à portée d’un souffle

ce seul souffle qui nous sépare devient un monde.

Et c’est le nôtre, maman, pour toujours notre monde,

offert au monde entier.

Tu es à mes côtés

souffle et battement, transparence,

ciel dans ma main, partage de chaleur.

Toi qui as tant donné,

ton don tant que je vis

ne cessera de croître.

Maman, merci.

Aliette Griz : « Tout jour là »

Pour les parents de F.

 

Chaque seconde, chaque souffle est une victoire

Qu’on ne mesure pas

Chaque clin d’œil

Un ange comète passe

S’achève la trajectoire

D’une vie légère

À porter

Une vie

Cachée dans l’éternité

La perfection d’un espoir

 

Qui décide qui peut vivre ?

Chacun.e donne tant de secondes

Chaque jour élastique

Charge pour des mois et des années

Chacun.e pressé.e de vivre

D’accumuler

 

Des étapes dans les bouches

Une naissance

Et l’amour possible

La vie prénommée

Aimer

Chacun des jours ensemble

Une unique aventure

 

Aimer

Toutes les secondes illimitées

Aimer celui qui vient

Aimer celui qui part

Et dans l’intervalle accordé

S’assurer

Qu’il ne sera pas oublié

 

Il y a des rencontres éphémères

Des vies à longue-vue

Des vies microscopes

Cadeaux trop vite disparus

Douleur trop vite apparue

Quelque chose d’inaudible

À dire

 

Chercher des mots

Les yeux fermés

Des mots pour embaumer

Une comète précieuse qu’il faut apprendre

À laisser repartir

Alors qu’elle venait juste

D’arriver.

Jacques Sojcher : « Hommage à Marcel Moreau »

Pour Hélène

 

Marcel, tu es le fils de Dionysos.

Tes livres emportent, comme dit Nietzsche,

« au-delà de tous les livres ».

Tu es soulevé, soûlé. L’instinct chez toi

est devenu rythme. C’est ta vocation.

Tu es voué aux mots qui dansent.

Ton Verbe libère de la grammaire,

de tous les bons usages.

Une respiration plus large ouvre ton corps

à une messe d’amour.

Tu célèbres le Sacre de la femme,

de l’infante roumaine,

de la reine de la nuit  de chair.

Tu affoles les sens,

tu ouvres le sens à l’insensé.

Tu dévores tout ce que tu vois,

entend, goûte, sent.

Tu fais de la vie une fête

pour nous pousser à quitter

tout ce qui rapetisse et dénature la nature.

Tu invites à une Cène,

où coulera le vin sans mesure.

Tu reçois tes amis, que tu régales d’une daube

que tu  as préparée toute  la journée.

Tu es un ogre doux.

J’entends ton rire à ces mots.

ta vois éraillée dans la fumée de ton cigarillo.

Demain,tu te lèveras de grand matin

pour écrire en escaladant la page

pour aller au – delà de toi.

C’est ta fruition ordinaire

( ce mot trouvé dans le vieux dictionnaire Furetière)

dont tu  as fait ta morale des épicentres.

Je t’ai rencontré un jour avec Julie ou la dissolution,

à la presque moitié se ma vie.

J’ai donné à ma fille ce prénom : Julie.

Tu es devenu son parrain

Toujours plus, tu vois, de ma famille.

Tu es le plus vivant des vivants.

Je t’aime.

Yves Namur : « Tombeau pour la unième nuit »


Un poème d’Yves Namur pour Salah Stétié, immense poète libanais d’expression française connu dans le monde entier et décédé à Paris le 19 mai 2020. Nous savions l’amitié d’Yves Namur pour ce poète et nous le remercions d’avoir accepté d’écrire ce magnifique Tombeau.

                                                                 

À la mémoire de Salah Stétié

 

I

Et je te vois :

Tu marches

Sur nos paupières, sur nos vies

 

Qui s’épuisent à compter les mots

Oubliés au fond du puits,

 

Sur la neige que tu avais semée

Avec le blé des amants effacés

 

Et même sur un nuage de roses

Que tes abeilles se disputent encore.

 

 

II

Je te vois,

Toi que l’ange à l’épée longue

Poursuit pour de nouvelles  fiançailles

 

Avec la fraîcheur et le temps

Insaisissable qui habite la rosée

 

Et les larmes d’un poème, celui

Qu’on écrit sous la lampe des tristesses.

 

Toi qui viens à ma rencontre

Parce qu’il te faut partir avec la robe

 

Ôtée de la colombe et tes mendiants

De pluie ou de perles amoureuses.

 

 

CODA


Tu me tends la main

 

‒ Comme tu le faisais sous le toit

Des dormants et des pleureuses

 

Penchées sur l’or et le silence ‒,

 

 

Et tu me dis :

Regarde, l’éternité

Est peut-être là qui marche sur nos mains

 

Ouvertes comme les livres

Et leurs infinies fabriques du bleu.

 

(22 mai 2020)

 

 

 

 

 

 

Philippe Leuckx : « Pour C. »

Écrit pour C., ce jeudi 14 mai.

 

Ton courage tu le portes

comme les mains soudées à ton guidon

sans jamais rompre

l’attention ni la vigilance

ni le cœur qui va

avec

Tu luttes chaque jour

pour un rien de patience

que tu offres

comme une fleur à la joie

des tiens

Tu te hisses haut

et tes mains joignent

le temps et l’amour

ce bonheur en partage

que vous vivez ainsi

sans en perdre une goutte

Parfois un peu de temps

perle aux lèvres

comme une sève de vie

qu’on protège du doigt

et qui conserve intacte

votre belle lumière d’

ensemble

Béatrice Renard : « D’une soeur à un frère… »

De P. à L.

 

Ô mon frère !

Haut, mon frère,

dans mon cœur en misère

 

Un azur noir et bas

S’abat sur moi

Tissé de cordes et soies

 

Ciel brodé de souvenirs

Je tire sur un fil et il pleut des sourires

Ma mémoire de sœur ne te laissera pas partir

 

Mon frère, tu ne vieilliras pas

Tu reviens déjà

Te voilà enfant, riant aux éclats

 

Et puis adolescent

Course à travers champs

Par-dessus les ornières, nez au vent

 

Devenu homme fier

Electrifié par la mer

Sur le pont, tout autour de la terre

 

Et à tes retours de voyage

Tatoué sur ton visage

De l’amour en haut-voltage

 

Mon frère, si loin, si près,

Tu aimais comme tu respirais

Aux petits soins, bonté sans filet

 

Sans cesse, tu allais et venais

Ton dos portait

Comme cent soleils, tes yeux riaient

 

Puis un virus minuscule, tout petit

Surgi au milieu des myosotis

Est venu te cueillir à Paris

 

C’est fini, tu ne respires plus

Toi, et des milliers de disparus

Tant de chagrins mis à nu

 

Mais au creux des malheurs

Bourgeonnent à toute heure

Des vers, des chants et des fleurs

Philippe Mathy : « Pour Béatrice H. »

Trop tôt, trop vite

nous voici dévastés de silence

le cœur en miettes

sans pouvoir les offrir

aux oiseaux de mai

 

Sans ta présence solaire

celle qui nous réchauffait

de gentillesse et d’attentions

enfants petits-enfants amis et amies

la lumière du jour

est aujourd’hui désemparée

 

Pour trouver ton visage

elle nous ferme les paupières

nous brûle

fouille notre mémoire

trouble les photographies

 

Les jours passeront

chacun prolongera

ses pas sur la route

ses courses

ses chutes parfois

 

Les jours passeront

transparents comme des larmes

nous y verrons encore ton visage

nous entendrons encore ton rire

que nous aimions tant

l’écho de tes pas sur la route

 

Ton énergie bienfaisante

continuera de nous nourrir

d’accompagner nos solitudes

de nous réchauffer encore

 

Pour B. H., 59 ans.

Laurence Vielle : « Valse pour ceux qui soignent »

Paroles et voix : Laurence Vielle

Musique et voix : Vincent Granger

 

LAURENCE

c’est une valse pour dire merci

à toi qui soignes qui accompagnes

porteur des êtres en déroute

merci à toi qui pour un temps

met de côté les êtres proches

pour te pencher sur les visages

des inconnus et les aimer

comme tu peux les soulager

 

refrain

c’est une valse pour ceux qui soignent

valse de ceux qui prennent soin

ceux qui caressent avec leurs yeux

ceux qui s’approchent avec leurs mains

 

des mains qui volent des mains qui touchent

des mains précises et des mains sève

des mains nervures des mains écorces

mains dernier lien des mains d’humain

 

LAURENCE

une valse pour toi oui

toi qui trimballes sans en mot dire

le grand vertige que tu traverses

visage masqué et coeur ouvert

cueilleuse de souffles en bout de course

héros d’un monde qui s’effiloche

tu tiens le fil de tant de vies

 

REFRAIN

c’est une valse pour ceux qui soignent

valse de ceux qui prennent soin

ceux qui caressent avec leurs yeux

ceux qui s’approchent avec leurs mots

 

mots qui rassurent et qui sourient

mots qui déplient mots qui expliquent

mots liens mots bleus mots mousse

mots bout de souffle des mots en douce

 

LAURENCE

c’est une valse valse oui valse

danse un peu danse danse

ce moment-ci il est pour toi

danse oui danse danse

danse les peines que tu avales

danse la joie d’être debout

danse l’effroi de tous ces jours

 

REFRAIN

c’est une valse pour ceux qui soignent

valse de ceux qui prennent soin

et qui ne comptent plus leur temps

pour donner tant et tant et tant

 

temps de soigner temps de laver

temps d’écouter temps de porter

temps de border de recueillir

temps de parler temps d’assoupir

 

LAURENCE

et demain quand tu marcheras

au macadam de nos cités

pour demander argent qui vaille

pour exercer en dignité

l’art de soigner

nous serons là pour t’épauler

avec slogans et banderoles

corps debout coeurs démasqués

merci

Caroline Lamarche : « Pour Xavier »

Pour Xavier, parti le 20 avril 2020.

 

Neige des hauts sommets

en voie d’effacement et qui

disparaîtra plus encore dans ce monde

perdu pour la neige, les grands bois, les chansons, tout ce qui

consolait Xavier dans le pays oublié

où la carte de son ciel, le chemin de ses songes,

l’avaient, à douleur, entraîné.

 

Neige des ermites, des purs esprits,

neige aux cristaux mathématiques,

manteau jeté sur l’arithmétique du vide,

toi que nous voyons fondre, neige qui, peut-être,

aspirais à ce départ sans retour.

 

Neige que nous n’avons pu protéger

de la montée du brouillard sombre

qui nous sépare des joies de l’enfance

et du royaume de l’aigle

toujours seul là-haut

avec son cri.

 

Neige, chiffre d’un hiver intraitable

dont nous craignions et adorions la dureté,

le dessin du noir sur le blanc,

le dessin du rien sur le tout.

 

Sois anachronique, neige, reviens !

Rends-nous nos randonnées joueuses

l’humour piquant des grands froids

et te toucher comme récompense.

Accompagne de ta douceur infinie,

en ce printemps cousu de vide,

Xavier, notre frère.

 

Afin que nous qui, malgré notre présence,

n’avons pu bondir là où le courage

agirait comme une flèche qui protège, aide et sauve,

nous acceptions que Xavier devienne

le passeur majestueux et grave,

qui nous mènera vers l’autre rive.

 

Carl Norac : « Lettre vive à Marcel Moreau »

Marcel Moreau fut de ces immenses écrivains qu’on ne pourra jamais résumer en une phrase ou même un long discours. Alors qu’il mourut du plus médiatique virus du siècle au début de ce mois d’avril 2020, on parla trop peu de la perte de son paysage en notre pays, qu’il soit France, Belgique, ailleurs. Voici une lettre qui se voudrait pour lui, au-delà des funérailles, comme un bouquet de fleurs.

 

 

Cher Marcel,

notre maison vacille depuis si longtemps

que nous la portons par le souffle, tu le sais,

les poètes ne respirent pas mieux que les autres,

ils ont dans la voix des cailloux, des embruns et du lierre,

mais ils soufflent sans rien éventer, ils soufflent,

non pas parce qu’ils connaissent du vent

une certaine façon de s’enfuir de son seuil,

non plus pour prétendre à l’envol sous un ricanement de mouettes

ou de passants, ni même pour chasser les nuages,

précisément, les poètes soufflent parce que la maison vacille.

La tienne était toujours ouverte, rouge, avec vin, viande, rires,

tu m’enseignais, avec un dictionnaire criblé de balles,

comment tuer ce que tu appelas

( dès la première lettre que tu m’envoyas )

« les poisons de l’ordre ».

Parmi les plombs, nous y cherchâmes un jour le mot « candeur »,

son sens caché, plus sulfureux que blanchi d’habitudes.

Tu semblais fumer par la barbe parfois, avec une moue si particulière

quand tu réfléchissais, telle une ponctuation dans l’espace.

Tu tirais souvent la langue entre deux phrases,

très brièvement, pas pour serpenter aux alentours des lèvres,

ni pour être cracheur d’encre en excuse de salive.

Brin de tabac, en certains cas,

mais bien plus, incandescente, moins invisible soudain,

la phrase sur le point de jaillir, la voilà

avec sa poudre de sens, sa chair de voix, ses copeaux encore.

Puis venait ton sourire pointu qui avait des façons de caresse.

Tu plongeais tes mains dans le langage

comme d’autres en la terre, dans une ruche,

dans le charbon ou les entrailles.

Mais avec toi, sur le papier ou la page des jours,

chaque silence avait aussi la volupté d’être brisé.

Tu savais ces façons d’arpenteur, d’équilibriste,

tu dirigeais un orchestre de saveurs, de senteurs,

pétales et épines parlaient de même tige,

et au plus noir luisaient effleurements, effloraisons plus qu’oraisons.

Moi, pourtant si large d’épaules, j’avais peine à être un peu ogre en ta présence.

Cependant, ton cœur sur la main, saignant comme il se doit,

était ce morceau de choix qui fait la grande littérature,

nerfs, tendons de lignes, battements et bien au-dessus, l’élévation.

Trois jours, deux nuits entières à Quimper, folle équipée, je me souviens,

nous avons refait le monde qui nous tournait le dos.

Et puis il y eut nos terrils où, en pensée, nous retournions souvent,

ces feux follets de jeux d’enfants sous les déchets de houille

en notre Borinage, ce noir de feu propice aux créatures, aux monstres les plus familiers.

Mon deuxième prénom est Marcel, personne ne le sait, sauf toi,

en honneur de mon grand-père,

mort d’une silicose, quelques années après ton arrivée

en nos paysages contrariés.

Nous parlions aussi de Duchamp, ce Marcel 1er , loin des Ubus qui nous gouvernent.

Ton rire revenait alors, ou ta colère, les deux gourmands de ne pas s’expliquer.

Balançant le souffle encore, tu savais sous quel angle,

vers quelle faille notre maison vacille,

toujours ton souffle était là, tel un volcan caché ou un secret de famille,

tu disais presqu’avec douleur que tu t’endormais avec le début d’une phrase,

puis que, maladie, l’autre rame de ce curieux transport t’attendait

à l’orée, à l’aube, te bousculait, jusqu’au point,

au premier chuchotement de la lumière ou de l’ombre.

Aujourd’hui, je t’écris avec mes lèvres cette missive,

je m’adresse à toi malgré ce foutu défaut dans l’air, mal nommé,

cette moins que rature qui t’enleva le souffle, la vie. Ce rapt.

La mort, pourtant, tu la laissais parfois souquer ferme,

tu en traduisais une écume, à distance.

Lorsqu’elle prétendait sortir de son suspens, faire route ou cible,

tu lui donnais le change, tu rapiéçais tes voiles, puis basta,

tu mangeais sur son dos la poignée de terre qu’elle te destinait

pour y semer des fleurs imprévisibles.

Sache que tes livres s’encrent vivants

chaque fois qu’on s’en empare.

Tout sauf suaire, ils sont carnes pour les yeux,

visages à l’espoir virulent.

Ils pactisent de beauté avec un infini de contrebande

en compagnie de femmes aimées, d’un ciel bien remué

comme les derniers dés dans une paume.

On y devine même cette maison dont nous parlions,

cette demeure qui vacille depuis si longtemps,

et ce matin, par le souffle de tes mots,

c’est encore toi qui la réinventes.

Lisette Lombé : « Cher J. »

Cher J.,

Il y en a du monde autour de toi, aujourd’hui !

D’abord tous ceux et toutes celles que tu viens de rejoindre et qui t’attendaient, bras ouverts, sur l’autre rive. Et puis, tous ceux et toutes celles qui restent de ce côté-ci, endeuillés, comme ta fille A.

Quel contraste entre la douceur de ces retrouvailles là-bas et la douleur de ta perte, ici !

Quel contraste entre la chaleur de ces bras-là et les distances insupportables imposées aux vivants depuis quelques semaines !

C’est pourtant la même tablée, la même tribu, la même respiration familiale, les mêmes racines…

Que les plus jeunes qui se demandent combien de fois un homme peut tomber et se relever dans une même vie, pensent très fort à toi !

Que les plus jeunes qui se demandent combien d’enfants et de petits-enfants un homme peut perdre sans devenir un mort-vivant, pensent très fort à toi !

Que les plus jeunes qui se demandent combien de temps un homme peut survivre à une épouse ayant quitté ce plan-ci de l’existence, pensent très fort à toi aussi!

Qu’ils gardent en mémoire l’amoureux de la terre, le fils d’agriculteur, l’arpenteur de petits et grands chemins.

Qu’ils gardent en mémoire le patriarche, le phare pour ses neufs enfants, le courageux ouvrier agricole, le J. B. debout et robuste.

Qu’ils effacent les 87 ans, qu’ils effacent les murs de la maison de repos, qu’ils effacent le mot confinement !

Qu’ils se convainquent que l’on peut jardiner sans jardin !

Qu’ils se convainquent que l’on ne meurt jamais seul lorsque nos proches sont les hôtes les plus précieux de notre cœur !

Et qu’ils murmurent en choeur « merci, merci » avec la même sincérité que toi, J., lorsque tu répétais « merci, merci ».

Béatrice Libert : « Pour la Clinique Notre-Dame de Grâce, à Gosselies »

Vous

 

Vous êtes comme l’arbre

Celui de notre enfance

Où nous avons grimpé

De branche en branche

Comme pour toucher la joie

 

Vous êtes comme le printemps

Qui sait la chanson du courage

Elle vous pousse dans le dos

Pour semer sous vos pas

Les graines de la guérison

 

Vous êtes comme le ruisseau

Qui caresse les berges

Nourrit chaque méandre

Purifie les moissons

Relayant la lumière

 

Vous êtes comme le blé

Levant des champs d’espoir

Debout face à la faux

Le blé qui tient promesse

Pour la fête du pain

 

Vous êtes comme le rocher

Assailli par les ressacs

Mais dont la force calme

Est le suprême élan

De l’éveil généreux

 

Vous êtes le lierre de la vie

Celui qui tient encore

Lorsque tout fait défaut

 

Timotéo Sergoï : « Pour Mme C. R. »

À M.

 

LOU,
Je t’écris d’un pays sans visage
Ou alors, c’est que j’ai oublié…
Il me reste cinq ou six faces à retenir. Et une à deviner.
Il y a Alexandre, tu le connais, ses frères Maxence et Rafaël.
Il y a Jean-Hugues, Grégoire et Clara.
Et puis celui qui va arriver.

 

LOU,
Je t’écris d’un miroir sans visage
Ou alors c’est que j’ai oublié…
Michel est avec moi, et Barbara aussi
Je les tiens entre ces bras que je n’ai plus
Il me tient dans ses mains qui ne me touchent plus
Ou alors je ne m’en souviens pas.

 

LOU,
Je ne sais plus s’il faut arroser la salade ou manger les orchidées
Nager dans l’évier ou boire la piscine
Attendre le lilas de Brel ou écouter chanter Michel
Il me dira des Je t’aime, et tu sais que j’aime bien ça.

 

LOU,
Je t’écris d’une maison sans visage
Ou alors c’est que j’ai oublié…
Tu es une femme, Lou, de celles qui peuvent faire des hommes, des enfants et de nouvelles femmes
Clara le sait déjà.
Il y a Maxence, tu le connais, ses frères Rafaël et Alexandre.
Il y a Grégoire, Clara et Jean-Hugues.
Et puis celui qui va arriver.

 

Tu le sais, les cheminées d’Ougrée se sont éteintes. La pipe de Cockerill n’a plus de tabac. Mon
père a usé là ses plus belles mains et j’y ai regardé longtemps le fleuve couler. Je veux rêver d’un
monde meilleur pour vous.

 

Le plus petit être de l’univers, plus petit qu’une souris, plus petit qu’une fourmi, plus petit qu’un
puceron et ses ennuis, m’ont emportée vers d’autres haut-fourneaux. Je veux dire où il fait chaud.
Je veux rêver pour vous de paix, de musique et d’oiseaux.
Michel est avec moi. Je l’ai dit déjà ? Je ne m’en souviens pas.

 

LOU,
je t’écris d’une mémoire sans visage.
Ou alors c’est que j’ai oublié…

 

Il me reste cinq ou six face s à retenir. Et une à deviner.

 

Il y a Rafaël, tu le connais, ses frères Alexandre et Maxence.
Il y a Clara, Grégoire et Jean-Hugues.
Et puis celui qui va arriver.

 

Je l’ai dit déjà ? Je ne m’en souviens pas.

 

LOU,
La vie est un coton collé cousu coloré
La mort est Grand Amour
Je peux nager ici, je peux nager entre les gouttes
Je peux courir aussi, je peux courir au tram 33
Je peux sauter, crier, aimer
Il y a Michel avec ses bras
Et Barbara comme elle est belle

 

LOU,
Je t’écris d’une chanson sans visage.

 

Je ne sais plus si je dois
Boire mes cheveux ou peigner le café
Dresser le pain ou couper la table
Beurrer mes mains ou laver la tartine

 

Mais il y a un visage dont je me souviens
C’est le tien, Lou, c’est le tien.

Aurélien Dony : « Pour Tico »

Hommage à Tico, 86 ans, par Aurélien Dony, poète de 27 ans… Un partage.

 

Comme c’est étrange
Tout ce silence qui répond
A l’appel de Tico,

 

Il nous faudra du temps
Pour calmer nos sanglots
Et soigner nos douleurs

 

Tu ne nous aurais pas
Laissés le cœur en miette
Toi tant soucieux des autres
A allumer la nuit
Pour s’y sentir moins seul
A tendre main ouverte
A qui cherchait de l’aide

 

Tu nous laisses en partage
Cette ouverture à l’autre
Cette oreille attentive
Pour chaque homme
Pour chaque femme
Pour chaque enfant

 

Comme tu vas manquer

 

Toi qui t’étais fait fort
De servir ton pays
De donner tout ton cœur
Aux couleurs du drapeau
Tu nous laisses en partage
Tes yeux sur la Semois
Ton cœur comme boussole
Pour retrouver la sente
Tu nous laisses les arbres et tous les chants d’oiseaux

 

Tu nous laisses ta voix
Fragile comme un murmure
Toi qu’il fallait comprendre
Au détour d’un sourire ou d’un geste,
Toi qui fuyais le mot
Pour l’éclat d’un regard

 

Tu nous as tant laissé, cher papa, cher ami
Grand-père aux mains tranquilles,
Tant de toi près de nous
Que nous pleurons ce jour
Pour mieux porter demain
Ton souvenir à nos lèvres

 

Et briser le silence
En appelant Tico
Aux portes de l’absence.

Gioia Kayaga : « Pour Emile Ngondo Mbala »

Emile Ngondo Mbala, né le 02 octobre 1931 – décédé le 9 avril 2020

 

Il y a des êtres qui vivent dans un grand éclat de rire,

Qui viennent déposer une blague sur un jour triste,

Il y a des êtres toujours prêts à rendre service,

Dont la présence est une douceur, un délice.

Il y a des êtres qui partent le cœur serein,

Ils ont valeureusement  parcouru le chemin

Ils y ont semé de belles graines, pour demain.

Ils ont accompli leur destin.

 

Un vieux qui part, c’est une bibliothèque qui brûle,

Un autre monde, d’autres guerres, d’autres rêves, d’autres luttes.

Il était le témoin de ce qui change et de ce qui perdure,

Une grande bibliothèque solide en bois brut.

Une grande bibliothèque renfermant mille savoirs,

Mille souvenirs, mille histoires,

Des romans d’aventures et de vieux grimoires,

Les mille reflets de son miroir.

 

J’imagine pour ses proches, le désespoir,

La tristesse qui les gagne quand vient le soir,

Les sourires qui se faufilent parfois entre les larmes,

Les souvenirs pour accompagner le drame.

Il a cru pouvoir profiter de cette période de confinement,

Pour s’en aller humblement, discrètement,

Mais vieux Ngondo Mbala, tu ne t’en tireras pas si facilement,

Je devine aujourd’hui des âmes qui se connectent à distance,

Je devine bientôt pour toi de grands rassemblements,

Avec amis, famille et partout des enfants :

Portant leur deuil en partage,

Honorant ton héritage,

Célébrant un vieux sage,

Chantant ton âme et son visage,

Accompagnant ton passage,

Ton voyage vers d’autres rivages.

 

Tu rejoins le pays des ancêtres,

Le pays de ceux qui ne peuvent plus jamais disparaître,

Dont le corps physique est devenu pure Lumière ;

Le pays de ceux qui veillent, protègent et aident

Les petites graines qu’ils ont plantées sur cette terre.