• Fleurs de funérailles

    POÈMES FUNÉRAIRES PERSONNALISÉS

« INDEX DES POÈMES PERSONNALISÉS

 

Victoire de Changy : « Pour Gilbert D. »

Véronique Daine : « Deux arbres » (+vidéo)

Paul Demets : « Re-respire (pour R.) »

Laurent Demoulin : « La mort nous a volé »

Claude Donnay : « Du plus profond de l’Ardenne »

Aurélien Dony : « Pour Tico » et « Sur les tambours »

Perrine Estienne : « Simon »

Rose-Marie François : poème pour les familles du personnel soignant victime du Covid (De/Fr/Nl) et « À mon petit des Antipodes » (Fr, De, Nl)

David Giannoni : Hommage à Lawrence Ferlinghetti

Aliette Griz : « Tout jour là » et « Pour Gaëlle »

Luuk Gruwez : « L’art de l’arbre »

Gioia Kayaga : « Au personnel soignant » et « Pour Emile Ngondo Mbala »

Caroline Lamarche : « Pour Jacques De Decker » (« Voor Jacques De Decker »)  et « Pour Xavier »

Philippe Leuckx : « Pour C. »

Béatrice Libert : « Pour la Clinique Notre-Dame de Grâce, à Gosselies »

Françoise Lison-Leroy : « Un pas plus près » et « Hommage à un enfant »

Lisette Lombé : « Cher J. »

Philippe Mathy : « Pour Béatrice H. »

Manza : « Mon monument, échos d’héritage »

Christian Merveille : « Pour Y. O. »

Yves Namur : « Tombeau pour une unième nuit » (+vidéo)

Carl Norac : « Paysage d’un homme » et « Un signe de la main » et « Lettre vive à Marcel Moreau » (+vidéo) et « Pour Mawda »

Colette Nys-Mazure : « À Marie Madeleine Mpembe Olongo (Peepe) »

Béatrice Renard : « D’une sœur à un frère… »

Timotéo Sergoï : « Pour Mme C. R. »

Jacques Sojcher : « Hommage à Marcel Moreau »

Pascale Toussaint : « À Evelyne »

Laurence Vielle : « Valse pour ceux qui soignent »

Laurence Vielle et Carl Norac : « Où que le cœur se pose »

 

 

Avec le soutien de la Loterie Nationale et ses joueurs.

 

 

 

« 25 novembre », le huitième poème de Lisette Lombé

 25 NOVEMBRE 

Voilà comment…
Voilà comment, de la manière la plus saisissante qui soit,
voilà comment nos thorax se sont, un jour, ouverts en deux.

 

Certaines d’entre nous parlent de bombes sous les os.
Certaines d’entre nous parlent de trou béant dans la poitrine ou de fosses abyssales.
Certaines d’entre nous parlent de grande déchirure dans le ciel,
de saisons inversées,
d’écorces qui se craquellent sous la pression d’immenses souffrances.

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« Manger », le septième poème de Lisette Lombé

MANGER

Dans une autre vie, j’ai joué le jeu.
J’ai rempli des caddies en respectant à la lettre des listes de fournitures scolaires.
J’ai collé une étiquette avec le prénom de mes enfants sur tout, absolument tout, ce qui leur appartenait.
J’ai recouvert des cahiers d’écriture avec un film plastique qui gondolait et chaque bulle d’air semblait dire de moi que j’étais une mère manquant de soin.
Je me suis distribué des gommettes rouges en amont des critiques.

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« Quizz de l’aube », le sixième poème de Lisette Lombé

QUIZZ DE L’AUBE

□ A □ B □ C □ D □ E

 

COCHE A si…

Ta langue est un boa. Constriction des réacs.
Pas besoin de venin pour l’attaque antifa.
Tu saisis, tu serres, tu avales et tu digères.
L’arnaque dissoute dans un acide pur et fier .

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« Dix ans de plus », le cinquième poème de Lisette Lombé

 

Dix ans de plus

 

Vas-y ! Vas-y, le bras !
T’arrête pas pour moi !
Surtout, t’arrête pas !
Tourne, tourne.
Cherche la brûlure.
On s’arrangera avec l’épaule, demain.
On s’excusera pour la couture de la manche, pour l’arrachement, pour la souffrance, demain.
Vas-y, le bras !
Tourne, tourne.
Cherche la brûlure.
Étourdis les sentinelles du temps.
Tourne, tourne.
Et rappelle-toi de toi il y a dix ans.

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« Révolutions intérieures », le quatrième poème de Lisette Lombé

 

Révolutions intérieures

JE DANSE

langue loque,
piment de la première strophe,
ligne de sueur sous mon poumon politique,
bracelets de cheville en verre pilé.
Piétiner toute poésie qui ne saignerait pas assez.

JE DANSE

robe blanche, linceul de l’éveil,
épaules recouvertes de pollen.
Ma mère dit que ça ne se fait pas, quand on a des voisins,
de faire sécher ses petites culottes dans le jardin.
Et je la crois.

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« Promesses, promesses », Le troisième poème de Lisette Lombé

Promesses, Promesses

 

Mémoires friables.
Fenêtres ouvertes.
Vent frais sur nos fronts.

Seconde de silence
juste avant les applaudissements.

Vingt heures pile.

Encouragements censés s’envoler vers le personnel soignant
mais élan inverse de l’hélium.
Ballon d’espoir qui se dégonfle au pic des contaminations,
retombe sur le flanc,
à côté d’une haie
de déshonneur.

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Le deuxième poème de Lisette Lombé

Et nous parlerons alors le même langage

 

DEMANDEZ-MOI pour qui je voterai aux prochaines élections, pour qui j’irai glisser dans les urnes le ticket gagnant du futur de mes enfants

et vous comprendrez le mot CONFIANCE.

 

DEMANDEZ- MOI pardon pour la gauche guimauve, pardon pour la droite draculesque, pardon pour le ventre fourre-tout du centre, sincèrement pardon

et vous comprendrez le mot COURAGE.

 

DEMANDEZ-MOI combien de couleuvres, combien de sornettes, combien de gouttelettes de spermes ou de sottes promesses j’ai avalées depuis mon adolescence

et vous comprendrez le mot DOMINATION.

 

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Le premier poème de Lisette Lombé

Sous la vareuse de foot

 

Comme un harpon,

planté droit dans le carré de chair le plus vulnérable

d’une bête se croyant à l’abri de la voracité des hommes,

voilà que se sont mises à déferler,

sur mes sages journées,

les images de ces enfants

bien plus jeunes que la plus jeune de mes enfants.

 

Ai tenté d’éviter mâchoire du haut qui tremble
et mâchoire du bas qui tremble dans l’autre sens.
Ai tenté d’éviter foyers gravats civières cendres visages poussière vivres balancés du ciel bombes ruades réflexes de survie affolement filets de sang morts décomptes vertige otages fantômes chiffres documenter documenter attaques noms prénoms familles fosses hôpitaux de fortune frontières peau de chagrin danser tomber sol larmes sept octobre faillite collective militaires rapine selfies jouets lingerie bijoux barrages corps documenter outrages documenter linceul international documenter une jambe au lieu de deux un bras au lieu de deux un parent au lieu de deux alignement alignement minuscules draps blancs.

Ai tenté,

quelque part entre bonne et mauvaise conscience.

Ai tenté d’éviter

mais déjà déroute,

mais déjà désastre,

passés de la rétine à la moelle sensible.

 

Un enfant,

le redire,

bien plus jeune que la plus jeune de mes enfants,

partage sa ration de nourriture avec un chien.

Division du dénuement.

Un autre,

à plat ventre dans la boue,

boit l’eau d’une flaque.

Soif de justice.

Un autre dit : « Ton père est un martyr »

Orphelin automate.

Petites mains pinces de crabe.

Sphincters ouverts.

sous la vareuse de foot,

un cri cherche sa voix.

Le douzième et dernier poème de Mustafa Kör

Belgique

 

sur tes routes tantôt déchirées

tantôt semées de pavés ricanants

je me suis lancé, tout bêtement comme le sang qui circule

je voulais déterrer les trésors de ta glaise

mais ne sachant où les trouver, j’ai pris la mer

hissé les voiles et vogué vers des horizons délaissés

le fameux bâton des ancêtres, taillé dans un

arbre glorieux, m’a montré le chemin quand je m’égarais

pendant que fébrilement je vous cherchais, il m’a parlé

son langage était antédiluvien

un frissonnement montant du ventre de la terre

nous a traversés lorsque nous avons compris tous les deux

qu’il importait peu que nous parlions la langue de l’autre

et dès que nous l’avons su, est venu l’adieu rédempteur

de ceux qui n’avaient pas aimé qu’avec les yeux

 

 

Mustafa Kör
Traduction :  Katelijne De Vuyst, avec Danielle Losman et Pierre Geron

Le onzième poème de Mustafa Kör

Bibliophile

 

Ce sont des promesses que tu espères décrocher

sous abri comme ruches bourdonnantes

Un coup d’œil a suffi il t’en fallait plus

pour vivre

 

Zigzaguant, longeant les échines, tu cueilles
aux rayons bien gorgés ci et là quelques fruits

Chaque fois que tu en touches un, corps et âme

tout s’illumine

 

Sous l’emprise d’une grande clarté tu chasses

depuis en territoire conquis. Le butin escompté,

feuilles d’or et lucidité

 

Sous cette charpente reposent d’éternelles merveilles

à portée de main, comme des bonbons. Cela, tu l’as senti

d’emblée. Depuis les jupes maternelles

tu as levé les yeux et ton Big-Bang s’est accompli

 

Mustafa Kör

Traduction : Danielle Losman, avec Katelijne De Vuyst et Pierre Geron

Le dixième poème de Mustafa Kör

Seul

 

une mer d’acier nous séparait

échoué d’un autre bord

sur ce rivage hostile je vous ai trouvé

 

les vagues vous lavent, préparent la levée du corps

vous délivrent en votre grande solitude

 

la solitude appartient au créateur

est-ce pour ça que j’incline la tête et exhume

des prières pour votre passage

 

si l’on vous oublie, je me demande

une telle mort, sera-t-elle notre destin

ou aurons-nous miséricorde

 

votre dernier soupir

la houle qui m’a porté vers vous

 

à peine ai-je frôlé votre rivage que

je rejoignais la tempête qui n’apportait plus rien

que des vers tardifs dans le silence que vous nous laissiez

 

Mustafa Kör

Traduction : Danielle Losman, avec Katelijne De Vuyst et Pierre Geron

Le neuvième poème de Mustafa Kör

Bon vent

 

Ce n’est pas un adieu

C’est-à-dire pour qui aime

Avec son corps

 

Mustafa Kör
Traduction : Pierre Geron

Le huitième poème de Mustafa Kör

Grands enfants

Tu te réveilles et tu vois un monde déchiré
Aussitôt tu deviens une grande personne
Qui doit retenir ses larmes pour des parents

 

Tu veux bercer la terre la rendormir
Dire que tout s’arrangera
Comme le promettaient les affiches sur tes murs

 

L’enfance c’était attendre et subir
Mais aujourd’hui tu as le premier choix
Dans la sélection d’un avenir

 

Tiré du bac à balles que je t’ai apporté
Pour qu’un moment encore tu restes un simple enfant
Inventeur du rire généreux

 

Mustafa Kör

Traduction : Katelijne De Vuyst, avec Danielle Losman et Pierre Geron

Le septième poème de Mustafa Kör

tuessibellesibelle oh tu es si belle tu es la plus bellet
u as des yeux à s’y perdre de si beaux yeux je nai ja
mais ils brillent de mille feux et tes lèvres leur mervei
lleuseforme sublime roseprofond lèvreslumineuses v
raiment uniques qui invitent aux baisers et tes mains
et tes doigts dieu comme tracés au pinceau gracieux
et fuselés comme des vignes au soleil àsaluer avecr
évérence ton rire désarmant rire éclatant qui chasse
les soucis et invite à rester près detoi àte rejoindrese
montrergénéreux commetoi latendre laplustendredou
ce et bellebellepersonne adorée depuistoujours jet
aime

 

Mustafa Kör

Traduction : Katelijne De Vuyst, avec Danielle Losman et Pierre Geron

Le sixième poème de Mustafa Kör

Sans gêne

 

Je suis un étrange enfant qui

échoué des quatre coins du monde

parle l’abc du shaman

 

Frontière ni drapeau ne me sont étrangers

je connais les confins de Matin et Soir

où j’arrive s’ouvrent des yeux et des oreilles

 

Je castagne des sévillanes débite des mots sur scène

et chante des refrains que tu veux comprendre

quand tu te décides à vraiment les écouter

 

Mais mon accent mi ! là. si. da. nee, frère

a déplacé l’ ان شاء الله d’autant de bornes

qu’il pouvait bâillonner de bouches radoteuses

 

Bah, je ne suis qu’un étrange enfant

doté d’un étrange langage que je dois gesticuler et

signer en panaches de fumée pour être entendu

 

On m’a appris que chaque langue est un humain

et plus tu parles de langues

plus tu deviens un humain

 

Mustafa Kör

Traduction : Katelijne De Vuyst, avec Danielle Losman et Pierre Geron

Le cinquième poème de Mustafa Kör

Le dernier Noir

 

Il faut du courage pour encore être un arbre

Même toi tu l’admettras

 

Ton destin a beau être devenu bourgeonnant chagrin

Tu caresses encore l’espoir d’une éclosion ancestrale

 

Le chant du cygne des noirs

Seul avec mon ombre qui s’allonge et s’amenuise

où jadis se réfugia un monde

de légionnaires et de jeunes vandales

 

Quel sera votre sort

entre montagnes de béton

sans oiseau ni loup

 

Je suis un vieil arbre

dont les jours sont comptés

Je tremble encore un instant

 

Avant de partir

je sème à tout vent mon courage

telle une prière sur la verte terre de Dieu

 

Mustafa Kör

Traduction : Katelijne De Vuyst, avec Danielle Losman et Pierre Geron

Le quatrième poème de Mustafa Kör

Femmes de la mine

 

Elles ont cédé aux puits

les plus profonds

leurs maris et leurs fils

 

Fouiller au cœur de l’obscurité

où gisent de préhistoriques colosses

Y descendre, c’est une chose

en ressortir sain et sauf, c’est autre chose

 

Appel ou chant des sirènes

Quelque chose les a ensorcelés

L’or de la terre reposerait là enclavé

dans la pierre et l’infinie poussière

Ils y taillaient leur pain noir pour finir

toussant saignant s’effritant

 

Mais un cœur de femme le sait bien

Pour celles qui ont donné la vie

rien n’est pire que d’attendre

 

Dans le monde ouvrier on accouche

des héros du pain quotidien car quelqu’un

doit braver l’obscurité et le danger

 

Entre des mains et des poumons meurtris

ils ramènent chez eux leur lumière

pour en inonder la table où l’on mange

 

Mustafa Kör

Traduction : Katelijne De Vuyst, avec Danielle Losman et Pierre Geron

Le troisième poème de Mustafa Kör

Peur du passage

 

Au revoir
Ceci est un adieu d’amertume
Un voyageur est bien obligé d’être en chemin
Sain et sauf
Allant et venant entre
Bien aimés
Une ville bourdonnante


Bonne. Route
Bon vent. Vers où ?
Ceci n’est pas un voyage, pas pour mon espèce
Spastique, mongole, sénile


Les obstacles, on les franchit lorsqu’ils se présentent
Qu’en est-il des dos d’âne ? Et des pieds de plomb ?


La quête quotidienne sur les rails et l’asphalte
Arbitraire rageur face auquel nul seigneur ne se lève
mais s’incline comme il se doit


Le calvaire du voyageur d’un jour
L’itinéraire des paralytiques et des aveugles


Je ne craindrai plus rien
si tout le monde s’énerve de notre attitude vis-à-vis
des infirmes et les arrêts dans les salles d’attente et les gares


Valides ou estropiés
Pourquoi partir, si d’office, nous nous échouerons ?
S’échouer. Se planter. S’enliser
Suffit de quelques pouces d’eau
Nous voulons la mer

 

Mustafa Kör

Traduction : Katelijne De Vuyst, avec Danielle Losman et Pierre Geron

Le deuxième poème de Mustafa Kör

Tombent les feuilles

 

Pour cet adieu prématuré
tout sonne faux
chant du coq, choeurs d’enfants, mon coeur battant

 

Tu avais une fenêtre
qui donnait sur les toits
et les champs d’un village de Flandre
par temps clair les crêtes de la capitale

 

Tu voulais exister
as pendu ton manteau dans un lieu lointain
inconnu de tous

 

Quelle importance alors
que règne la paix
ou que la récolte soit bonne

 

Souvenirs de
tout y porte le parfum d’une
chose fleurie avec l’automne dedans

 

Les chats des rues
la fille d’en face
chacun connaît ton nom
et l’histoire de ton cri devenu soupir
tu es ici
frère, ami, voisin, enfant de tous

 

Telle des feuilles tombées en mai
ton odeur descend sur villages et champs
prématurément

 

Mustafa Kör

Traduction: Pierre Geron en collaboration avec Katelijne De Vuyst et Danielle Losman

Le premier poème de Mustafa Kör

vers vous

 

levez la tête hors de cette heure sombre
bientôt notre voie sera libre et notre pas à nouveau léger
entretemps nous parcourons des lieux où nous revigorent
des pains épargnés d’autres bouches

 

à présent nous allons nous
offrir des mots sans les posséder
des mots vifs lestes qui nous
des pensées aérées éclairées qui vous
font ployer pour ouvrir avec des vers
encore plus droits plus baroques les coeurs
les pièces et les frontières où nous rêvassons jusqu’au moment où
le mortel se décompose et allant
vers vous adopte une voix lavée

 

levez la tête
monarques et suiveurs ne pèsent pas lourd

nous sommes déjà la terre vers laquelle nous partons
nous saurons domestiquer aussi cette nouvelle vie
car nous sommes des paysans patients
qui se récoltent sillon après sillon

 

 

Mustafa Kör

 

Traduction: Pierre Geron en collaboration avec Katelijne De Vuyst et Danielle Losman