Francesco Pittau : « Je n’ai pas prié sur ta tombe ni pleuré… »

Je n’ai pas prié sur ta tombe ni pleuré
ni imploré le ciel et encore moins vociféré
mon inutile colère
me suis éloigné sur l’allée caillouteuse
regardant çà et là les pierres fraîches
et les pierres moussues où dorment des enfants
ombragées par les cèdres qui parlent avec une voix
d’oiseau me suis éloigné vers la ville bruissante
de chaleur

Les jours sont accrochés aux fenêtres
comme des pots de fleurs sur les murs
les vignes s’agriffent avec la vigueur
farouche des choses qui ne durent pas

«Où vas-tu donc de ce pas incertain ? sinon
vers un lieu inconnu peut-être un bistrot frais
une bulle d’ombre dont la douceur apaise»

Assis à une table au plateau de marbre
un chant funèbre désarticulé
me vient aux lèvres un murmure un marmonnement
fait de syllabes insensées : le minder des
sytes kave la mince écision l’apstre ému
— et puis le silence.

Corinne Hoex : « La dernière neige »

Ce sera décembre.

Ce sera l’hiver.

Il faudra avoir vu

brûler les branches

qui fleurissaient

dans les vergers.

Marcher sous les pommiers

parmi les fruits de givre.

Et le vent

nous tranchera le visage.

 

Ce sera décembre

aux craquelures bleues.

Un murmure sur la neige

creusera le vent glacé.

Nous marcherons

en silence

autour de ton silence.

Nous marcherons

sur les empreintes

de tes pas.

 

Ce sera décembre.

Dur cristal immobile.

Gerçures aux mains,

aux lèvres.

Cils pailletés de blanc.

Nous marcherons en silence.

Crissement de la glace.

Et là-dessous,

patientes,

nos racines.

Claude Donnay : « Fleurs de funérailles »

Tu as bouclé ton sac

Appelé par la route

Par le vent qui lève dans les maïs

Tu suis ton chemin

Dans le silence d’une montagne

Que tu dessines pour nous

D’un geste léger

Au revoir, nous dit ta main

 

Tu t’enfonces dans les nuages

Tel un oiseau en transhumance

L’horizon dans la tête

Et nos yeux à tous – boussoles d’amour –

Pour te guider

Quand la pente sera trop raide

 

Tu pars

Pour mieux revenir dans nos cœurs

Au hasard d’un matin rose

Ou d’un soir d’étoiles à cueillir

Rien ne s’arrête

Surtout pas la vie

 

Tu ouvriras ton sac

Sur une pierre tiède

Avec un drap de ciel bleu

Tu ouvriras ton sac

Tranquille

Pour casser la croûte du jour

En guettant notre arrivée

Nous, les lents, les escargots du temps

Les flâneurs, les trainards

Toujours en retard

Tu nous connais si bien

 

Tu nous attendras

Assis sur ta pierre chaude

Sans impatience

Sans inquiétude

Tranquille

Souriant de nous regarder cheminer

Sur ton sentier

Juste quelques lacets plus bas

Tu nous attendras

En caressant du doigt

Le drap de ciel bleu

Rien ne s’arrête, nous dis-tu

Surtout pas la vie

 

14 novembre 2020

Jérémie Tholomé : « On laisse »

On le sait

C’est écrit dès la première page :

 

Un jour

On boucle la valise

Et on rend les clés

Mais s’en va-t-on jamais vraiment ?

 

On laisse

Quelques mots

Une liste de courses froissée

Un parfum d’adoucissant

Une voix sur le répondeur

 

On laisse

Quelques points de suspension

Des sourires sur des photos à développer

Des mystères à résoudre ou à entretenir

Des histoires à partager autour du café

 

On le sait et pourtant

On voudrait l’oublier au fil des pages :

 

Un jour

On boucle la valise

Et on prend l’escalier

Mais quand on y pense

 

S’en va-t-on jamais vraiment ?

Béatrice Libert : « Paroles du soir »

Ami, sache-le, tu as beau être parti de l’autre côté de la clarté, nous te voyons encore tel que tu as vécu, et ta voix nous revient, tamisant nos échanges. Il suffit de l’éclair d’un mot, de l’abandon d’un geste, de la musique d’une lumière. Notre souvenir est ce pays où tu demeures présent.

Avec quelle encre écrirons-nous ta mort ? Sur quel papier ? Et comment mesurer tous les dons que tu nous as faits ? Désormais, nos vies abritent ton départ, inscrit dans notre chair comme une cicatrice. Nous sommes sans voix, amputés de nos liens. Quel ciel ramènera le jour ? Quel oiseau nous rendra la force de l’envol ?

Et te voilà figé dans la chambre des regrets que nos paroles veulent encore éclairer. Le ciel attend à l’extérieur comme un vieux chien craignant le froid.

L’adieu est une conjugaison très lente.

Valérie Carbonnelle : « Toi qui as aimé »

Ami.e

Ta tâche est accomplie

C’est le repos

 

Voici l’inconnu

Tel un nouveau paysage

Une main tendue

Ton dernier voyage

 

Garde avec toi

Le chant des oiseaux

Et le souffle du vent

Presse en toi

Le feu qui crépite

Et le rire des enfants

 

Emmène avec toi

Le goût du pain

Et les pas sur le chemin

N’oublie pas

Que ton cœur aima

Hume en toi

Les derniers baisers

 

Tu vas vers la lumière

Telle une plume

Tu danseras

Vers l’au-delà

 

Ami.e

Toi qui as aimé

Belle traversée

Thierry-Pierre Clément : « Notre amour est avec toi »

merci

merci pour ton amour donné

ta vie

bougie fragile soufflée par le vent

 

flamme pourtant du même feu

que le puissant soleil

il n’épuise pas sa chaleur

ni l’éclat blanc de sa lumière

 

va maintenant

va

puisqu’il faut bien partir

et nous laisser sur cette rive

 

mais au-dessus de ta barque

qui traverse le fleuve

un oiseau blanc perce le ciel

et montre le chemin

 

il porte sur ses ailes

ce feu qui ne s’éteint pas

va maintenant

va en paix

 

notre amour est avec toi

Pierre Coran : « Devoirs »

Quand l’âge vous résout à vivre

Une vie en lieu partagé,

Le sort jamais ne vous délivre

Un passe pour l’éternité.

Le jour où la vague se brise,

Départ, douleur ne font plus qu’un,

Le temps que le cœur s’autorise,

Au seuil des lendemains,

Par-delà les vents, les embruns

Et à l’issue des convenances,

À préserver la souvenance

De ce qui engendra l’hier.

La lampe qui s’éteint

A la satisfaction d’avoir été lumière.

Colette Nys-Mazure

Nous allons sans savoir, obscurcis et chancelants. Ta main ne soutient plus la nôtre et ta voix est si basse que nous ne l’entendons plus. Nous interrogeons les murs et les nuages. A qui adresser les reproches, les insultes qui nous échappent : pourquoi elle ? Pourquoi si tôt ? Et nous ? Et moi ?

Nous nous cognons aux questions sans interlocuteur. Nous marchons cependant, comme elle avançait. On a parlé d’une lueur, d’une clarté, le troisième jour.

L’espérance est chevillée à la douleur.

Poèmes-vidéos

 

 

Une initiative du Soir et du Poète National

 

Index :

Maya Racha lit Taha Adnan : lire le texte (+ accès vidéo)

Manuela Sanchez lit Eric Brognet : lire le texte (+ accès vidéo)

Laurie Degand lit Thibaut Creppe : lire le texte (+ accès vidéo)

Almamy Barry lit Véronique Daine : lire le texte (+ accès vidéo)

Antoine Cogniaux lit Aurélien Dony : lire le texte (+ accès vidéo)

Thierry Hellin lit Charles Ducal : lire le texte (+ accès vidéo)

Babetida Sadjo lit Aliette Griz : lire le texte (+ accès vidéo) 

Benoît Verhaert lit Gioia Kayaga : lire le texte (+ accès vidéo)

Thierry Hellin lit Corinne Hoex : lire le texte (+ accès vidéo)

Isabelle De Hertogh lit Caroline Lamarche : lire le texte (+ accès vidéo)

Pietro Pizzuti lit Werner Lambersy : lire le texte (+ accès vidéo)

Alexandre von Sivers lit Pascal Leclercq  : lire le texte (+ accès vidéo)

Adia Panteleeff lit Karel Logist : lire le texte (+ accès vidéo)

Fabrizio Rongione lit Lisette Lombé : lire le texte (+ accès vidéo)

Jean Luc Piraux lit Veronika Mabardi : lire le texte (+ accès vidéo)

Marie Paule Kumps lit Christian Merveille : lire le texte (+ accès vidéo)

Françoise Gillard lit Yves Namur : lire le texte (+ accès vidéo)

Pietro Pizzuti lit Carl Norac : lire le texte (+ accès vidéo)

Marianne Basler lit Jean-Luc Outers : lire le texte (+ accès vidéo)

Florence Hebbelynck lit Francisco Pittau : lire le texte + accès vidéo)

Jessica Fanhan lit Béatrice Renard : lire le texte (+ accès vidéo)

Marie Paule Kumps lit Milady Renoir : lire le texte (+ accès vidéo)

Bernard Yerlès lit Timotéo Sergoï : lire le texte (+vidéo)

Adia Panteleeff lit Peter Theunynck : lire le texte (+ accès vidéo)

Nicolas Buysse lit Vincent Tholomé : lire le texte (+ accès vidéo)

Hélène de Saint-Père lit Anne Versailles : lire le texte (+ accès vidéo)

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Eliot Jenicot lit Jean-Pierre Verheggen : lire le texte (+ accès vidéo)

 

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Avec le soutien de la Loterie Nationale et ses joueurs.