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Jessy James LaFleur : « Ein Ort namens Ewigkeit »

 

Jenseits des Randes der Welt gibt es einen Raum, in dem sich Leere und Substanz sauber
überschneiden.
In einem rastlosen Schwebezustand bilden Zukunft und Vergangenheit eine endlose Schleife,
in der Zeichen bestehen, die niemand jemals gelesen hat,
Akkorde, die niemand jemals gehört hat.
Ein Nicht-Ort, der sich chaotisch ausbreitet und die schwersten Emotionen in sich vereint.
Ein Nicht-Ort an dem man sich findet, weil man sich woanders so schrecklich verloren fühlt.
Ein Nicht-Ort namens Trauer, wo man trauerweidend Wurzeln zu schlagen scheint und doch
verliert man den Boden unter den Füßen, weil du nicht länger unter uns weilst.

 

Wo bist du hin, wer hat dich davon getragen, warst du nicht eben noch hier?
Du hinterlässt eine Leere, die nichts zu füllen vermag, eine Schwere,
die jeden neuen Tag in Frage stellt.
Irgendwas läuft hier schief, irgendwas ist anders, ich fühle mich gefangen zwischen
Wunschvorstellungen und bitteren Tatsachen.
Mein Körper verliert sich in einem Beben, ich lös mich darin auf.
Verpackt in tausend Tränen fließen stillschweigend Schreie aus mir heraus.

 

Das ist zwangsläufig nicht unlebendig, denn jedes Leben ist endlich, aber die Gegenwart ohne
dich fühlt sich so schrecklich schleppend an.
Minuten, die sich zu Stunden dehnen, Tage die nicht mehr vergehen, gefangen in einem dunklen
Raum-Zeit-Kontinuum, summa summarum das Schlimmste, was uns Hinterbliebenen passieren
musste.

 

Denn jetzt ist da so viel Raum, so viel Raum Dinge in Worte zu fassen, die man so lange von sich
weggeschoben hat.
Man ertappt sich beim Festhalten an Erinnerungen, die langsam verblassen.
Man ertappt sich beim Loslassen, um Patz zu machen für neue Gedanken, während man nicht
aufhören kann zu vermissen.
Dich zu vermissen.
“Hallo, hörst du mich?”.

 

Aber wir arrangieren uns, weil wir es müssen, kommen an in der neuen Welt ohne dich,
die sich so schrecklich langsam dreht, das Zeit dehnbar scheint.
Zeit, die sich auflöst, weil man dich gehen lassen muss und du trotzdem bleibst.

 

Und genau das ist die Utopie,
dass wir nie wieder zusammenfinden werden an einem reellen Ort.
Weil da kein Ort mehr ist, an dem wir uns wiederfinden werden,
nur dieser Nicht-Ort gefüllt mit unendlichen vielen Ängsten und Hoffnungen.
Ein Nicht-Ort, den wir nicht länger aufrecht halten können.

 

Meine Tränen prallen auf den Boden, wie Regen auf Asphalt.
Aber wenn man die Augen zumacht, klingt der Regen wie Applaus, der von hier aus bis ins
Jenseits hallt.
Ein letzter Applaus für dich, das letzte Mal im Scheinwerferlicht, weil der letzte Vorhang fällt.
Da fliegst du nun dem Himmel entgegen und meine Hand, die dich hält,
aber nicht länger nach dir greifen kann.
Also lasse ich dich gehen, wünsche dir das Beste für deine letzte Reise, und flüstere ein leises
“Bis bald!”
Atme dich ein, um mich auszuatmen,
so tief das die Lungen brennen,
und sende eine Nachricht an mein Herz, weil ich weiß dass deine Nähe dort niemals endet.
In meiner Brust, meiner Seele so nah, nie weit entfernt,
Dort erreichen dich all meine Worte, die ich dir noch so gerne sagen wollte.
Denn jenseits des Randes der Welt gibt es einen Raum, in dem du mich ewig begleitest.
Ein Nicht-Ort, der dich auf ewig leben lässt.
Einmal wird alles ganz anders, aber meine Liebe hält dich fest.

Un endroit qui s’appelle éternité

Adaptation libre par Jessy James LaFleur

 

Au-delà du bord du monde il y a un espace,
où le vide et la substance se croisent parfaitement.
Dans un état de suspension agité,
l’avenir et le passé forment une boucle sans fin,
dans laquelle il y a des signes, que personne n’a jamais lus,
des accords que personne n’a jamais entendus.

 

Un non-lieu qui se propage de façon chaotique et combine les émotions les plus lourdes.
Un non-endroit où nous nous retrouvons emballés dans le vide,
car ailleurs nous nous sentons terriblement perdus.
Un non-lieu qui s’appelle deuil, enraciné dans la tristesse,
et pourtant la terre se dissout sous nos pieds,
parce que tu n’es plus avec nous.

 

Où es-tu allé?
Qui t’a emporté?
Tu étais ici, il y a quelques instants à peine.
Tu as laissé un vide immense, absolument rien ne peut le remplir,
une gravité qui remet en question chaque nouveau jour et la définition du mot vérité!

 

Quelque chose ne va pas, quelque chose est différent!
Je me sens incarcéré entre un vœu pieux et des faits torturant.
Quelque chose ne va pas, quelque chose est différent!
Mon corps se perd dans un tremblement de terre, je m’y dissous.
Emballé dans de milliers de larmes, seul un cri silencieux sort de mon cou.

 

Le moment n’est pas nécessairement inanimé,
car il sonne à chaque seconde la fin d’une vie,
mais le présent sans toi semble tellement lent.
Des minutes qui s’étirent en heures, des jours qui ne passent plus,
pris au piège dans un continuum espace-temps sombre,
le pire qui ait dû arriver aux survivants.

 

Tout d’un coup, il y a tellement d’espace, sans toi il reste tellement de place!
Et il faudrait des jours,
des semaines,
des mois peut-être pour passer au crible tous les vestiges du passé,
qui sont hébergés et protégés ici.
Les souvenirs qui s’estompent jusqu’à la disparition.

 

Nous lâchons prise et ouvrons-nous au silence intérieur,
pour faire place à de nouvelles choses.
Pourtant, le manque reste sans cesse,
tu nous manques tellement!
« Allo, est-ce que tu m’entends? »

 

Nous en arrivons à un arrangement provisoire,
parce que nous le devons.
Nous arrivons dans le nouveau monde sans toi,
un monde qui ne tourne plus,
le temps s’est arrêté.
J’suis enfin prête à te laisser partir…
…mais tu restes quand même.

 

Et c’est exactement ça, l’utopie;
Que nous ne nous retrouverons plus jamais dans un endroit réel.
Seulement dans ce non-lieu, rempli de peurs et d’espoirs infinis,
un non-lieu que nous ne pouvons plus maintenir.

 

Mes larmes tombent comme de la pluie sur l’asphalte.
Mais si tu fermes les yeux,
la pluie sonne comme des applaudissements qui résonnent d’ici à l’au-delà.
Un dernier applaudissement pour toi,
la dernière fois,
car le dernier rideau tombe.

 

Levant mes yeux vers le ciel,
je te vois t’envoler.
Lâche ma main, car je ne peux plus tenir la tienne.
Je te souhaite le meilleur pour ton dernier voyage,
et je murmure un doux « à plus tard!”.

 

Je t’inspire pour expirer ma douleur,
si profondément que mes poumons brûlent.
Et là j’envoie un message à mon cœur,
car dans cet endroit ta proximité ne se terminera jamais.
Dans ma poitrine, si près de mon âme, jamais très loin toi.
Là-dedans je trouve tous les mots que je voulais te dire,
que je n’avais jamais su auparavant.
Parce qu’au-delà du bord du monde,
il y a un espace dans lequel tu m’accompagneras pour toujours.

 

Un non-lieu qui te permet de vivre éternellement.

 

Un jour tout sera différent,
mais mon amour te tient…
…ton amour me rend vivant!

 

 

Béatrice Libert : « Pour la Clinique Notre-Dame de Grâce, à Gosselies »

Vous

 

Vous êtes comme l’arbre

Celui de notre enfance

Où nous avons grimpé

De branche en branche

Comme pour toucher la joie

 

Vous êtes comme le printemps

Qui sait la chanson du courage

Elle vous pousse dans le dos

Pour semer sous vos pas

Les graines de la guérison

 

Vous êtes comme le ruisseau

Qui caresse les berges

Nourrit chaque méandre

Purifie les moissons

Relayant la lumière

 

Vous êtes comme le blé

Levant des champs d’espoir

Debout face à la faux

Le blé qui tient promesse

Pour la fête du pain

 

Vous êtes comme le rocher

Assailli par les ressacs

Mais dont la force calme

Est le suprême élan

De l’éveil généreux

 

Vous êtes le lierre de la vie

Celui qui tient encore

Lorsque tout fait défaut

 

Timotéo Sergoï : « Pour Mme C. R. »

À M.

 

LOU,
Je t’écris d’un pays sans visage
Ou alors, c’est que j’ai oublié…
Il me reste cinq ou six faces à retenir. Et une à deviner.
Il y a Alexandre, tu le connais, ses frères Maxence et Rafaël.
Il y a Jean-Hugues, Grégoire et Clara.
Et puis celui qui va arriver.

 

LOU,
Je t’écris d’un miroir sans visage
Ou alors c’est que j’ai oublié…
Michel est avec moi, et Barbara aussi
Je les tiens entre ces bras que je n’ai plus
Il me tient dans ses mains qui ne me touchent plus
Ou alors je ne m’en souviens pas.

 

LOU,
Je ne sais plus s’il faut arroser la salade ou manger les orchidées
Nager dans l’évier ou boire la piscine
Attendre le lilas de Brel ou écouter chanter Michel
Il me dira des Je t’aime, et tu sais que j’aime bien ça.

 

LOU,
Je t’écris d’une maison sans visage
Ou alors c’est que j’ai oublié…
Tu es une femme, Lou, de celles qui peuvent faire des hommes, des enfants et de nouvelles femmes
Clara le sait déjà.
Il y a Maxence, tu le connais, ses frères Rafaël et Alexandre.
Il y a Grégoire, Clara et Jean-Hugues.
Et puis celui qui va arriver.

 

Tu le sais, les cheminées d’Ougrée se sont éteintes. La pipe de Cockerill n’a plus de tabac. Mon
père a usé là ses plus belles mains et j’y ai regardé longtemps le fleuve couler. Je veux rêver d’un
monde meilleur pour vous.

 

Le plus petit être de l’univers, plus petit qu’une souris, plus petit qu’une fourmi, plus petit qu’un
puceron et ses ennuis, m’ont emportée vers d’autres haut-fourneaux. Je veux dire où il fait chaud.
Je veux rêver pour vous de paix, de musique et d’oiseaux.
Michel est avec moi. Je l’ai dit déjà ? Je ne m’en souviens pas.

 

LOU,
je t’écris d’une mémoire sans visage.
Ou alors c’est que j’ai oublié…

 

Il me reste cinq ou six face s à retenir. Et une à deviner.

 

Il y a Rafaël, tu le connais, ses frères Alexandre et Maxence.
Il y a Clara, Grégoire et Jean-Hugues.
Et puis celui qui va arriver.

 

Je l’ai dit déjà ? Je ne m’en souviens pas.

 

LOU,
La vie est un coton collé cousu coloré
La mort est Grand Amour
Je peux nager ici, je peux nager entre les gouttes
Je peux courir aussi, je peux courir au tram 33
Je peux sauter, crier, aimer
Il y a Michel avec ses bras
Et Barbara comme elle est belle

 

LOU,
Je t’écris d’une chanson sans visage.

 

Je ne sais plus si je dois
Boire mes cheveux ou peigner le café
Dresser le pain ou couper la table
Beurrer mes mains ou laver la tartine

 

Mais il y a un visage dont je me souviens
C’est le tien, Lou, c’est le tien.

Jean-Luc Outers : « Le son de la terre »

 

 

Est-ce que la terre tourne sur elle-même en silence ? J’ai toujours eu le sentiment que sa rotation se faisait sans le moindre bruit. Je parle de sentiment car j’avoue n’avoir pas étudié la question. Sans doute que les astronomes ont, depuis longtemps du haut de leurs coupoles, tendu leurs grandes oreilles pour déceler dans ce mouvement un son même infime. Aujourd’hui que je vis dans le silence du confinement, délivré du tintamarre des voitures, du grondement des avions, du sifflement des trains, du crépitement des marteaux-piqueurs, j’ai enfin trouvé la réponse. J’ai entendu ce son imperceptible surgissant de loin, pareil à celui des ailes d’un moulin propulsées par le vent. Il faudrait inventer un mot pour qualifier ce son car ceux qui existent (bruit, brouhaha, détonation, frémissement, bruissement, que sais-je encore ?) ne peuvent rendre compte de sa dimension cosmique. On se croyait enfermé et on entend enfin le son de l’univers.

 

Penché à ma fenêtre je ne me lasse pas de l’écouter. Ceux qui vénèrent le silence absolu doivent avoir de mauvaises oreilles. Comme un début de surdité. Car derrière ce silence, il y a, surgissant des confins, un bruit, comme une rumeur, celle de la terre qui nous parle. « Allo, ici la terre. Vous m’entendez ? » Cette voix, si on ce concentre un peu, oui, on la reçoit mais il suffit d’un rien, du vent dans les arbres, des pleurs d’un enfant, pour qu’elle s’estompe et disparaisse. Le gazouillis des oiseaux peut lui aussi nous étourdir surtout lorsqu’il fête le retour de l’air pur qu’on pensait disparu. Sans parler du vol des canards retrouvant l’eau des fleuves devenue claire. Les sirènes des ambulances déchirant le jour ou la nuit abolissent tous les sons qui prétendraient rivaliser avec elles. A ce moment on n’entend plus qu’elles qui nous parlent d’urgences, de vie et de mort. Après leur passage, se succèdent les chiffres qu’égrène la voix neutre de la radio : nombre d’hospitalisés, nombre de cas infectés, nombre de personnes en réanimation, nombre de morts.

 

Mais quand revient ce que les sourds appellent le grand vide du silence, il se comble aussitôt par ce son inédit, qui est celui de la terre dans son inlassable rotation transformant la lumière en crépuscule qui lentement s’évanouit dans la nuit et confirmant que le temps que l’on pensait à l’arrêt n’a pas un instant cessé de tourner.

 

La terre, à force d’y habiter, on l’avait oubliée. On avait sans y penser saccagé ses forêts, mutilé ses animaux, abîmé ses champs, pollué ses rivières et ses mers. Et voilà que soudain, à la faveur d’une molécule invisible, la terre se rappelle à nous, au temps lointain où la nature se laissait contempler dans son infinie sauvagerie, où point besoin n’était d’escalader des cimes pour respirer l’air pur ou atteindre des glaciers pour découvrir une eau limpide. La terre réinvente la mémoire nous pressant de nous rappeler ce que nous n’avons pas connu. Elle nous dit et redit cette évidence qu’elle était là bien avant nous, point minuscule se mouvant dans l’univers. Elle a sur les êtres humains que nous sommes bien plus que quelques longueurs d’avance dans la conscience de ce qui fut, elle qui a résisté aux glaciations, aux secousses telluriques, elle qui a vu son propre sol s’ouvrir, se fracturer, exploser dans les vapeurs incandescentes. La terre, quoi qu’il arrive, survivra à ses habitants. C’est sans doute cette certitude qui nous empêche de dormir la nuit. Elle continuera de tourner quand bien même il n’y aurait plus personne penché à sa fenêtre pour écouter le son lointain de sa rotation.

Jean-Luc Outers

 

Aurélien Dony : « Pour Tico »

Hommage à Tico, 86 ans, par Aurélien Dony, poète de 27 ans… Un partage.

 

Comme c’est étrange
Tout ce silence qui répond
A l’appel de Tico,

 

Il nous faudra du temps
Pour calmer nos sanglots
Et soigner nos douleurs

 

Tu ne nous aurais pas
Laissés le cœur en miette
Toi tant soucieux des autres
A allumer la nuit
Pour s’y sentir moins seul
A tendre main ouverte
A qui cherchait de l’aide

 

Tu nous laisses en partage
Cette ouverture à l’autre
Cette oreille attentive
Pour chaque homme
Pour chaque femme
Pour chaque enfant

 

Comme tu vas manquer

 

Toi qui t’étais fait fort
De servir ton pays
De donner tout ton cœur
Aux couleurs du drapeau
Tu nous laisses en partage
Tes yeux sur la Semois
Ton cœur comme boussole
Pour retrouver la sente
Tu nous laisses les arbres et tous les chants d’oiseaux

 

Tu nous laisses ta voix
Fragile comme un murmure
Toi qu’il fallait comprendre
Au détour d’un sourire ou d’un geste,
Toi qui fuyais le mot
Pour l’éclat d’un regard

 

Tu nous as tant laissé, cher papa, cher ami
Grand-père aux mains tranquilles,
Tant de toi près de nous
Que nous pleurons ce jour
Pour mieux porter demain
Ton souvenir à nos lèvres

 

Et briser le silence
En appelant Tico
Aux portes de l’absence.

Gioia Kayaga : « Pour Emile Ngondo Mbala »

Emile Ngondo Mbala, né le 02 octobre 1931 – décédé le 9 avril 2020

 

Il y a des êtres qui vivent dans un grand éclat de rire,

Qui viennent déposer une blague sur un jour triste,

Il y a des êtres toujours prêts à rendre service,

Dont la présence est une douceur, un délice.

Il y a des êtres qui partent le cœur serein,

Ils ont valeureusement  parcouru le chemin

Ils y ont semé de belles graines, pour demain.

Ils ont accompli leur destin.

 

Un vieux qui part, c’est une bibliothèque qui brûle,

Un autre monde, d’autres guerres, d’autres rêves, d’autres luttes.

Il était le témoin de ce qui change et de ce qui perdure,

Une grande bibliothèque solide en bois brut.

Une grande bibliothèque renfermant mille savoirs,

Mille souvenirs, mille histoires,

Des romans d’aventures et de vieux grimoires,

Les mille reflets de son miroir.

 

J’imagine pour ses proches, le désespoir,

La tristesse qui les gagne quand vient le soir,

Les sourires qui se faufilent parfois entre les larmes,

Les souvenirs pour accompagner le drame.

Il a cru pouvoir profiter de cette période de confinement,

Pour s’en aller humblement, discrètement,

Mais vieux Ngondo Mbala, tu ne t’en tireras pas si facilement,

Je devine aujourd’hui des âmes qui se connectent à distance,

Je devine bientôt pour toi de grands rassemblements,

Avec amis, famille et partout des enfants :

Portant leur deuil en partage,

Honorant ton héritage,

Célébrant un vieux sage,

Chantant ton âme et son visage,

Accompagnant ton passage,

Ton voyage vers d’autres rivages.

 

Tu rejoins le pays des ancêtres,

Le pays de ceux qui ne peuvent plus jamais disparaître,

Dont le corps physique est devenu pure Lumière ;

Le pays de ceux qui veillent, protègent et aident

Les petites graines qu’ils ont plantées sur cette terre.

Gioia Kayaga : « Au personnel soignant »

Ils.elles ne sont pas devenu.e.s des héros ou des héroïnes,

à travers cette crise, ils n’accomplissent pas soudain leur destin :

Ils sont exactement tels qu’ils étaient avant le Covid :

quand leur sort touchait bien moins leurs contemporains.

 

Ils.elles ne sont pas devenu.e.s des héros ou des héroïnes,

mais la faillite est collective : juste un fin mur mitoyen

entre l’échec écrasant des politiques

et le triste aveuglement des citoyens.

 

Ils.elles ne sont pas devenu.e.s des héros ou des héroïnes,

mais ils restent victimes du manque de moyens,

parfois même victimes de certains comportements hostiles,

alors qu’on leur confie nos vies et celles de nos doyens.

 

Ils.elles ne sont pas devenu.e.s des héros ou des héroïnes,

ce sont des femmes et des hommes avec un chemin,

avec une vocation : soigner les autres, jour et nuit,

soigner les corps qu’on met entre leurs mains,

 

Alors moi, plutôt que de leur dire « merci », aujourd’hui,

je préférerais leur dire qu’on sera là, demain,

pour qu’ils ne sacrifient plus leur propre santé morale, physique,

pour se faire l’écho de leurs cris, de leurs alarmes, de leurs besoins.

 

On sera là en tant que proches, voisins, amis, famille ;

on sera là, à notre tour aux petits soins, attentifs,

on sera là pour les pétitions, les élections, les manifs,

pour porter les revendications, être des soutiens actifs.

 

On sera là, pas pour applaudir mais pour résister,

avec des mots, des films, des articles, de la musique.

On sera là, unis, refusant qu’on fasse encore rimer

« restrictions budgétaires » avec « santé publique ».

 

Si vous voulez les appeler « héros » ou « héroïnes »

alors soyez-en dignes et devenez-en un, vous aussi,

car il n’y aura de place ni pour l’indifférence ni pour l’égoïsme

quand ça sera à nous  de sauver ceux qui sauvent nos vies.

 

 

Je dédie ce poème à tous les soignants  qui accomplissent l’immuable rituel de ceux qui veillent sur la vie, chaque jour, partout dans le monde, telles des sentinelles,

de ceux qui opèrent à ceux apaisent, de ceux qui nettoient à ceux qui prescrivent les remèdes, de ceux conduisent les ambulances à ceux qui effectuent les tests, je dédie ce poème à chaque maillon de la chaîne.

Je le dédie aussi à ma belle-sœur, infirmière, Florence, que j’aime tant et que je vois – toujours masquée et à plus d’1m50- mener la bataille avec force et persévérance,

cette bataille, elle ne la mène pas depuis un mois, mais depuis des années, il faut le dire dans une – plutôt- générale indifférence,

la détresse du personnel soignant, le stress, l’épuisement, la surcharge de travail, les conséquences sur leur santé sont bien trop souvent passés sous silence.

Je suis convaincue qu’un hôpital ne sert qu’à soigner les gens, les aider à guérir, apaiser leur souffrance, pas à suivre des logiques austères de rentabilité, de productivité, de croissance.

Alors, quand viendra l’heure des bilans, je nous souhaite, à tous, d’ouvrir nos yeux, nos oreilles et nos cœurs bien grands et de prendre nos responsabilités, tous ensemble, pour une métamorphose, collective et résiliente.

Colette Nys-Mazure : « À Marie Madeleine Mpembe Olongo (Peepe) »

Françoise Lison-Leroy : « Hommage à un enfant »

                                                                                      de la part d’amis proches,

                                                                                    

                                                                                      à la famille d’un enfant victime d’une chute chez lui

                                                                                      en cette période de confinement

                                                                                      

Nous voudrions tant le rattraper

(*prénom de l’enfant)

ce petit frère qui court devant

le tenir par la main

le serrer dans nos bras

 

Il s’est évadé

notre amour l’accompagne

jusqu’à toujours

 

Comment vous rejoindre

(*prénoms des parents

*prénoms des frères / sœurs)

et tous les vôtres

 

Nous voilà près de vous

avec nos fleurs des champs

nos mots doux    impuissants

et nos larmes

mêlées à tant d’autres

 

(*prénom de l’enfant)

                                       est chez vous

dans la cabane de vos cœurs

votre jardin demeure le sien

le chagrin borde

son sommeil

 

Le printemps

nous parlera toujours de lui

nous l’entendrons plus fort

plus vrai

 

En passereau

en étoile

en nuage

entre tous nos regards

circule

sa présence

 

Françoise Lison-Leroy, 6 avril 2020

*Comme prévu avec les amis de la famille, l’anonymat est préservé.

 

 

Françoise Lison-Leroy : « Un pas plus près »

                                                                                                               À Monsieur Marc Wilfart

                                                                                                            21 mars 1949 – 15 avril 2020 

 

 

Un printemps t’a mis au monde

un autre t’arrache à nous

 

Entre une date et l’autre

tu nous as tant donné

l’été                       l’automne

et même l’hiver

puisqu’en chaque saison

s’allumait ton sourire

 

 

Papa

ta vie résonne en nous

comme une mélodie

nous voilà              désarmés

sur la partition douce

que tu laisses en nos cœurs

 

 

L’envol rythmé des Blackbirds

Roch Voisine et sa fièvre

la batterie             les cadences

moteurs et belles voitures

–    passions mêlées   –

et cet élan

vers ceux que tu conseilles

à l’heure des décisions

 

 

Un pas plus près de nous

ton épouse     tes enfants

tout l’amour dans leurs yeux

à travers les années

– bonheurs, chagrins soudés –

mille ombres et mille étoiles

à repérer ensemble

 

 

Nous te reconnaîtrons

dans la lumière du jardin

les pensées et les roses

et la haie bien taillée

 

 

Tu seras là

–espiègle et complice –

entre nos regards

dans les pas des enfants

dont tu étais si fier

 

 

Nous te suivrons

sur ce chemin tracé par vous

maman et toi

avec tant de ferveur

 

 

Tu nous tiendras la main

nous confiant l’horizon

et ce soleil tenace

à partager encore

 

 

Françoise Lison-Leroy, 18 avril 2020