• Fleurs de funérailles

    POÈMES FUNÉRAIRES GÉNÉRAUX

« INDEX DES POÈMES DISPONIBLES

 

Taha Adnan : « Corona versus » (مقام العزل) (+vidéo)

Jean D’Amérique : « nuit lacrymale »

Hubert Antoine : « Réservez-moi un rêve »

Jan Baetens : « Nous te couvrons de larmes et de linges… »

Antoine Boute : « Partir c’est habiter radicalement partout… »

Eric Brogniet : « Rose noire » (+vidéo)

Carino Bucciarelli : « Mars 2020 »

Valérie Carbonnelle : « Toi qui as aimé »

Thierry-Pierre Clément : « Notre amour est avec toi »

Pierre Coran : « Devoirs »

Thibaut Creppe : « L’autre côté du soir » (+vidéo)

Serge Delaive : « Lacune » et « Pour la soif »

Aurélien Dony : « C’est jour de triste… » (+vidéo)

Claude Donnay : « Fleurs de funérailles »

Charles Ducal : « Sauf toi » (+vidéo)

Perrine Estienne : « Toucher » (+vidéo)

David Giannoni : « Il est un fleuve pour nous toutes… »

Leo Gillessen : « La nuit est claire… »

Aliette Griz : « De quoi avez-vous besoin pour ce voyage ?… » (+vidéo)

Corinne Hoex : « Le pays lointain » (+vidéo) et « La dernière neige »

Peter Holvoet-Hanssen : « Chant de grenouilles »

Maud Joiret : « Nous avons dit aux heures… »

Gioia Kayaga : « Turi Kumwe (On est ensemble) » (+vidéo)

Jessy James LaFleur : « Ein Ort namens Ewigkeit »

Caroline Lamarche : « Poème pour ne pas partir seul » (« Poem against lonely departures » ; « Poema para no irse solo » ; « Poesia per non andarsene soli » ; « Yalnız ayrılmamak için şiir » ; « Poema para não ir sozinho ») (+vidéo)

Werner Lambersy : « Je n’étais pas là… » (+vidéo)

Soline de Laveleye : « Toi qu’embrasse la lumière »

Pascal Leclercq : « Reste la vie que j’avais cru si douce… » (+vidéo)

Philippe Leuckx : « Prières, poèmes »

Béatrice Libert : « Ce matin-là » et « Paroles du soir »

Françoise Lison-Leroy : « Tant de choses à te dire… »

Karel Logist : « Comment se tenir là pour te dire au revoir?… » (+vidéo)

 

Lisette Lombé : « Parmi les tristes, je me tiens debout… » (+vidéo)

Jean Loubry : « Puisque… »

Veronika Mabardi : « Tu n’es pas loin, non… » (+vidéo)

Manza : « Il y a ceux qui partent trop tôt… »

Dominique Massaut : « Habiter les autres »

Paul Mathieu : « Assis au seuil… »

Christian Merveille : « On n’aurait jamais pu imaginer cela » (+vidéo)

Serge Meurant : « Dans l’ignorance de ce qu’il vécut… »

Yves Namur : « (Un poème de circonstance) » (« (Poem for the occasion) » ; « (Poema de circunstancias) »)

Carl Norac : « Fleurs de funérailles » (« Flores funerarias » ; « Flowers for a funeral »  ; « Flores de funeral » ; « Cenaze çiçekleri »

Lucien Noullez : « Qui pousse dans le dos ?… »

Lucie Niclaes : « L’ange-nuit »

Tom Nisse : « Prières »

Colette Nys-Mazure : « Nous allons sans savoir… »

Jean-Luc Outers : « Le son de la terre » (+vidéo)

Anne Penders : « Myosotis »

Francesco Pittau : « Tu es là… »  (+vidéo) et « Je n’ai pas pleuré sur ta tombe… »

Béatrice Renard : « Le plus difficile » (+vidéo)

Milady Renoir : « En deux temps » (+vidéo)

Elke de Rijke : « Environnement »

Laurent Robert : « Consolation contre le temps »

Marie-Clotilde Roose : « Est-ce que Tu nous attends ?… »

Timotéo Sergoi : « Les valises » (+vidéo)

Peter Theunynck : « Bonne nébuleuse » (+vidéo) et « Les esquimaux »

Jérémie Tholomé : « On laisse »

Vincent Tholomé : « Le grand partage » (‘The great divide ») (+vidéo)

Jean-Pierre Verheggen : Mort où est ta victoire? (+vidéo)

Anne Versailles : « Ce matin, j’ai changé l’eau des fleurs… » (et traduction espagnole) (+vidéo)

Laurence Vielle : « Au revoir… » (et traductions espagnole, turque, flamande et anglaise) (+vidéo)

Pierre Warrant : « Que reste-t-il… »

 

 

Avec le soutien de la Loterie Nationale et ses joueurs.

 

 

 

Leo Gillessen

Die Nacht ist
klar verglüht
ein Stern wie Licht
das Leben

 

La nuit est
claire une étoile
filante lumière
la vie

Perrine Estienne : « Toucher »

À Ornella et sa famille

 

 

Toucher

Réflexe originel, premier sens en action dans le corps maternel : toucher.

Besoin humain essentiel,

D’une main,

Toucher.

 

Toccare 

Né du latin lointain :

toucher, frapper, heurter.

Toc-

Au cœur, au corps,

Geste de vie et de mort.

D’un coup, privé.e de tou- ce qui est -cher.

Choc

Toccare.

 

Absence

Que rien ne peut combler.

 

Ellipse, et silence.

 

Seule,

La main se replie, se serre.

Sombre et tendue, à poing fermé.

 

À défaut de sens…

 

Un regard peut-être ?

Des rires, une fenêtre ouverte.

Le vent qui entre ensuite,

Moins perceptible, l’observer à travers, l’écouter.

Progressivement, le sentir venir

« Effleurer », comme les doigts qui s’approchent ;

« Caresser », comme les paumes qui se frôlent ;

« Entourer », comme les peaux qui s’étreignent.

 

Ces mots,

Soufflent sur le poing,

Disent qu’après l’éclipse,

La lumière revient.

 

Invisible enveloppe,

Lettres d’Amour.

Thibaut Creppe : « L’autre côté du soir »

 

On ne peut dire adieu

Sans refuser d’y croire

Et confier au brouillard

Ceux-là qu’on aimait tant

 

Je voudrais ralentir

Le dernier au revoir

Trouver à l’injustice

Qui vient sans prévenir

Quelques vices de forme

 

Je voudrais être là

Où tu souris toujours

Et où la mort n’est rien

Qu’une perte de temps

 

Puisque à présent le jour

Finit, je me demande

À quoi peut ressembler

L’autre côté du soir

 

On ne peut dire adieu

Sans refuser d’y croire

Marie-Clotilde Roose

à Liliane Wouters

 

Est-ce que Tu nous attends ?  

 

Nous, qui croyons tant de choses

lourdes comme ces brindilles

que portent les fourmis

 

nous agitons nos minuscules

mains d’enfants.  Chargées

qui de drapeaux, qui de jouets

prodiguant cendre ou mort

 

– quand ce n’est pas le blé

des moissons et des oeuvres.

 

Nous n’avons entrevu

de ciel qu’aux premières souffrances.

 

C’est la douleur sensible

qui a mû en questions

le système des larmes.

 

De là, toutes nos tentatives

pour Te saisir, ou T’oublier

en l’espace déserté.

 

Mais, hors de notre temps

(insonore intervalle)

que peuvent nos mains, nos

bagages d’insectes ?

 

Est-ce que Tu nous entends ?

Maud Joiret

Nous avons

dit aux heures

tendres de nous

entourer de chaleur

et elles nous ont entendu.e.s

 

Nous avons

cherché la part

de secret cachée

dans les boîtes

à musique de l’enfance

nous la cherchons encore

 

Des matins

bleus

des nuits

tranquilles

au seuil de ce qui

toujours

commence

nous avons donné

au silence

sa feuille de route

un poème troué

de rires et de fureur

car il n’est jamais certain

que nous ne changions d’avis

sur la couleur de nos désirs

sur un coup de tête

– une main tendue

au hasard

est un baiser

aux étoiles

 

Nous avons

touché

le coeur du temps

– en partage

tu y déposes ton empreinte

nous te suivons

les yeux ouverts

les bras serrés

sur ton passage

 

si les heures

décident

de nous rendre

un peu de ta tendresse

à la lisière de nos vies

au creux du mystère

elles nous disent déjà

nous ne perdons

ni ton nom

ni ta trace.

Anne Versailles

 

Ce matin, j’ai changé l’eau des fleurs.

J’ai ouvert grand la fenêtre.

J’ai coupé le chauffage.

Dehors, le forsythia est en fleurs.

La corneille a presque fini son nid.

 

Ce matin, devant la fenêtre, je suis restée.

A regarder la rue.

A regarder la rue vide.

Seule la corneille…

Puis un avion est passé.

 

Cet après-midi.

Ce soir.

Demain.

C’est long.

Tu n’es pas là.

 

J’ai tant de choses encore à te dire.

T’ai-je parlé de la corneille ?

Des fleurs sur le balcon ?

De la couleur de ton blouson ?

Du rouge gorge de cet hiver ?

Et de cette gorgée de bière ?

De ce livre à peine ouvert ?

De ce film revu encore et encore ?

De cette nuit, de cette aurore ?

De cet ami retrouvé ?

Des pommes de terre que j’ai semées ?

De ces chaussures que j’ai vues ?

De cette dame croisée en rue ?

De ce pépin, de ce tracas ?

De cette bruine qui n’en finit pas ?

T’ai-je parlé de tout cela ?

J’ai tant de choses encore à te dire.

 

Cet après-midi.

Ce soir.

Demain.

C’est long.

Alors, viens.

Viens avec moi.

Nous irons marcher.

Nous irons par les chemins.

Ton bras à mon bras si léger.

Je te dirai

le ciel fardé pour te retrouver,

les arbres déçus de n’avoir pu te rencontrer,

ce chant écrit pour toi par tous les oiseaux du quartier,

la tendresse lue sur les lèvres des amis éloignés,

l’étreinte de nos mains empêchées,

le vent qui ne parle que de toi,

l’absence qui déjà creuse son terrier.

Je te dirai tes bras et tu me serreras.

Esta mañana, les cambié el agua a las flores.

Abrí la ventana de par en par.

Apagué la calefacción.

Afuera, la forsitia está en flor.

La corneja casi ha terminado su nido.

 

Esta mañana, frente a la ventana, me detuve.

A mirar la calle.

A mirar la calle vacía.

Solo la corneja…

Luego pasó un avión.

 

Esta tarde.

Esta noche.

Mañana.

Se hace largo.

Tú no estás.

 

Tengo aún tantas cosas que decirte.

¿Te hablé de la corneja?

¿De las flores en el balcón?

¿Del color de tu cazadora?

¿Del petirrojo de este invierno?

¿Y de aquel trago de cerveza?

¿De ese libro casi sin abrir?

¿De esa película vista una y otra vez?

¿De aquella noche, de aquella aurora?

¿De aquel amigo recuperado?

¿De las patatas que sembré?

¿De esos zapatos que vi?

¿De aquella mujer que me crucé por la calle?

¿De aquel lío, de aquella preocupación?

¿De este calabobos que no se acaba nunca?

¿Te hablé de todo esto?

Tengo aún tantas cosas que decirte.

 

Esta tarde.

Esta noche.

Mañana.

Se hace largo.

Así que ven.

Ven conmigo.

Saldremos a caminar.

Saldremos a los caminos.

Tu brazo prendido de mi brazo, liviano.

Te hablaré

del cielo arrebolado para encontrarte,

de los árboles chafados por no haberte encontrado,

de este canto escrito para ti por todas las aves del barrio,

de la ternura leída en los labios de los amigos lejanos,

del apretón de nuestras manos frustradas,

del viento que habla solo de ti,

de la ausencia que cava ya su madriguera.

Te hablaré de tus brazos y tú me abrazarás.

 

Traducido por Regina López Muñoz

 

Tom Nisse : « Prière »

Nôtre cette époque sans égards envers
la terre qui maintenant en récupère tant

des nôtres chers saturée est notre terre
par tant d’êtres et par leur dernière chair

en cette saison d’un printemps ascendant
dans l’air résistent les modulations fières

du retour des oiseaux autour des maisons
dans les arbres des cimetières accentuant

cette saison vouée à tant de disparus chers
et pourtant nous la protégerons notre terre

dans le deuil dans la colère car il est temps
de se souvenir de l’avenir en voici la prière.

Jean-Louis Crousse

In memoriam

 

Dors mon âme            dors

et ne crains

Tombe l’entrave

Cèdent les liens

La nuit

s’achève          Le jour

Survient

Jean Loubry

Puisque…

 

Puisque pas de mains

Au front de qui part

 

Puisque pas de signe

Pour affronter l’adieu

 

Puisque chacun seul

Face à la mort qui vient

 

Que le drap soit caresse

Par les mots du poème

 

Que le vent soit paroles

Portées par qui les pensent

 

Que le chant chante loin

Par sa musique absente

Le portement des corps

Dans un écrin d’amour

Paul Mathieu

Assis au seuil du seul dans la nuit qui s’allonge à pas de renard & à pas de loutre avec son champ désormais en friche & l’établi désert voilà le marcheur qui s’en va retrouver quoi ?

À la sortie du chemin où il a avancé comme il a pu le vacarme du désir sourd encore au creux des puits dans l’obscurité soudaine où l’on entend cahin-caha murmurer son histoire

Éblouis par l’hésitation permanente du soleil on invente alors déployées dans le vent & dans le vert quelques herbes tremblantes ramenées de toutes les prairies de rencontre

Comme dans un songe on dit « Nous sommes » & l’on affirme avoir été pour garder un peu de lumière au-delà de l’horizon malgré la pluie qui vient & qui est venue

Deux ou trois frêles phrases de funambule qui s’élancent vacillantes au-dessus du vide & qui portent l’humanité sur leur maigre poitrine

Manza

Il y a ceux qui partent trop tôt

Ceux qu’on regrette trop tard

Emportés par les maux

À leur chevet,

ma plume leur dépose des bouquets

de mots,

des échos

De nos chœurs d’amour

Des absences amères

Des allées sans retour

La maladie joue des tours

La mort s’empare de nos nuits

Elle nous confine aux confins de l’ennui

À nos disparus

Partis sans dire aurevoirs

Trop tard pour les pleurer

Des bruits de trépas dans le couloir

Des photos qui collent à nos mémoires

De traces de souvenirs dans le miroir

Des ailes d’ange les ont portés vers un autre part

De là où on ne revient pas

De là où quand quelqu’un y va

Les proches n’en reviennent pas

De ce vide qu’il laissera…

Le corona a pris des milliers de vie

Mais la solidarité, jamais ne plie

Pour les défunts, l’enfant prie

Le personnel soignant veille sans répit

Tandis que le poète écrit

Des lignes de soutien à toutes les familles

Pour que jamais, on ne les oublie

Pour que jamais, on perd l’espoir de vue

Ce qui tue, nous rendra que plus vivants

Plus bienveillants, soucieux des vrais engagements

Unis pour se souvenir, pour se sourire

Pour se soutenir

Planter nos coeurs et nos pensées comme des drapeaux de beaux soupirs

Brandir l’amour à nos absents

Qui nous manqueront éternellement

La vérité dans le regard des enfants

Nos petits mots, des petits pansements

On se retrouvera, une question de temps,

on est juste de simples passants…

 

Manza 199

Philippe Leuckx : « Prières, poèmes »

1

Tu pars sans nous

en ce printemps si froid

tes yeux n’ont pas eu

le temps de revoir

les roses de humer

dans les soirs

le parfum les lilas

Tu traverseras le pont

et nous serons là

à t’attendre

avec l’amour qui rend

l’absence moins redoutée

Tu pars vers l’inconnu

de nos vies

 

 

2

Il y a le ciel

au-dessus des parterres

et nos mains

qui rameutent

ces sanglots et ces peurs

tu n’es pas seul(e)

tu viens à nous

quand le souvenir

bat le rappel

des offrandes

que furent tes jours

tout aura été si vite

et le coeur a du mal

à retrouver son port.

Gioia Kayaga : « Turi Kumwe (On est ensemble) »

 

En Kirundi, pour se dire au revoir,

quand on quitte quelqu’un,

un ami ou un membre de la famille,

on peut se dire « Turi kumwé ».

Ça signifie « on est ensemble » :

malgré l’éloignement physique,

on est unis par des forces invisibles ;

on reste connectés.

 

« Turi kumwé », pour dire :

les liens qui nous tissent sont solides et sincères,

ils ne craignent pas les kilomètres,

ne pourront jamais disparaître.

« Turi kumwé », pour dire :

les liens qui nous tissent sont le sang, la mémoire,

ils se déploient bien au-delà des étoiles du soir,

ils sont faits de tout ce qui filera toujours entre nos doigts.

« Turi kumwé »

Juste deux mots pour dire tout ça.

 

J’ai perdu des proches là-bas,

au Burundi, plusieurs fois :

mon grand-père, ma cousine…

je n’ai pas pu être présente aux funérailles.

Alors avec les autres, on se parle

puis on se dit au téléphone ou par message,

« Turi kumwé »

deux mots lancés comme une bouée de sauvetage.

On est ensemble :

ce soir, moi non plus, je ne dors pas

à distance, je te serre fort dans mes bras.

On est ensemble :

notre douleur en partage

à distance, je sèche les larmes sur ton visage.

« Turi kumwé »

Je te garde avec moi.

Tu me gardes avec toi.

Juste deux mots pour dire tout ça.

 

J’espère que vous me pardonnerez de vous parler de moi,

plutôt que de Dieu, du ciel,

de la folie de ce moment précis

et de l’abîme de votre chagrin.

J’ai une seule règle en poésie :

être sincère,

parler uniquement

de que de ce que je connais bien.

Et je ne sais rien du destin,

je ne sais rien de votre peine,

rien de celui.celle que vous pleurez ;

je ne sais rien de son chemin,

de qui il a été

ni de combien votre cœur saigne

de le voir s’en aller.

Je sais seulement l’impuissance,

la solitude, l’éloignement, le silence

quand on ne peut ni dire au revoir à celui qui s’en va,

ni embrasser ceux qui restent.

Je connais ce poids qui leste,

qui rend lourd et acide l’estomac.

 

« Turi kumwé »

Je veux juste vous écrire, vous dire :

je suis avec vous, aujourd’hui.

A travers le temps et le monde,

à chaque naissance, chaque perte, chaque seconde ;

nous sommes ensemble

dans notre humanité ;

nous partageons l’expérience,

l’épreuve commune de l’humilité.

 

Je suis avec vous, aujourd’hui,

et nous sommes des milliers,

dans les villes, les campagnes :

des milliers de cœurs qui vous accompagnent…

Des cœurs abstraits.

Physiquement, vous êtes seul.e.s

dans cette tempête.

Seul.e.s sur le seuil,

seul.e.s face au deuil universel

des exilés, des prisonniers

seul.e face au deuil intemporel

des réfugiés, des confinés.

 

Le deuil est une expérience personnelle

qui se réinvente à chaque perte.

 

Vous êtes seul.e.s sur le seuil,

et il faut apprendre :

apprendre à raviver les gestes,

les mémoires anciennes,

les rites des ancêtres

inscrits au creux de nos ADN ;

apprendre à inventer ses propres règles,

ses traditions nouvelles,

ses rituels collectifs et individuels

pour apaiser la peine.

Allumer une bougie

pour accompagner l’âme

regarder danser la flamme,

peut-être même danser avec elle.

Écrire des lettres sur papier :

écrire les mots qu’on n’a jamais dits,

les mots qu’on n’a pas dit assez souvent,

qu’on n’a pas dit assez fort,

les mots qu’on n’a pas dits une dernière fois.

Prendre un seul jour ou plusieurs mois,

écrire ces mots et, toujours,

les libérer en les lisant à haute voix.

Dresser un hôtel,

brûler l’encens

Accepter la tristesse,

sentir l’odeur,

entendre la voix

Accueillir les signes qu’il.elle nous envoie

Témoigner du supplice,

dénoncer l’injustice

Chanter en boucle cette chanson qui fait du bien

Habiter en paix avec son chagrin

Dessiner un portrait,

en chérissant chaque trait

Fabriquer des écrins

pour les images, les objets

Écrire une oraison vitale

Se rappeler que personne ne disparaît, jamais :

des âmes rejoignent la Lumière,

des âmes rejoignent l’Univers.

Les êtres qu’on aime deviennent des comètes,

deviennent des anges qui nous protègent.

Écrire un carnet avec les larmes et les sourires,

noter chaque détail, chaque souvenir

Rendre un hommage intime

Se reconnaître victime, ensemble.

 

Et partager.

 

Partager l’émotion avec l’autre,

avec les autres,

refuser de porter seul sa peine

comme on porterait une faute.

Trouver les mots pour partager les Adieux,

avec l’âme, plus qu’avec le corps.

Trouver le moyen d’être là, pour eux

d’être présent, pour ceux qui restent, encore,

encore un peu.

Être là, au-delà de la peur ambiante,

de l’incertitude, du confinement.

Être là, malgré l’éloignement,

Inventer ses propres « Turi Kumwé ».

Être là avec courage et créativité.

Être là et tout réinventer.

Veronika Mabardi

 

Tu n’es pas loin, non

Je sais que tu m’entends

Il n’y a plus de temps maintenant

Plus de peur

Plus de séparation

 

*

 

Je tisse des pensées vers toi, dans cet ici où tu es

 

Et tous tes petits gestes

Ton visage quand tu ne sais pas que je te regarde

Ton dos quand tu t’éloignes après avoir dit au revoir

Ce nuage qui passait dans tes yeux, sans explications

Tes mains sur la table

Ta voix

Les repas partagés

Les silences

La peau

Les mots que tu prononçais

Tout ce que tu n’as jamais dit

Tout ce que nous savons de toi

Tout est là maintenant

Je prends tout et j’avance

 

*

 

Et je te laisse aller

Avec tout ce qui est

Et la douleur aussi est là

Mais ne t’inquiète pas

Nous ne sommes pas seuls

 

*

 

Il y a eu cette lumière sur le mur – et un voile d’ombre

Et la lumière à nouveau

Tous les détails nous viennent de toi

 

*

 

Un oiseau s’est posé sur le trottoir – c’était toi

Un enfant a ri

Et maintenant j’égrène tout ce qui nous appartient

Je fais la liste des bénédictions

 

*

 

Et maintenant tu ouvres un espace inconnu

Et je suis curieuse

De cet avenir qui nous attend maintenant que tu es devenu autre

Non tu ne seras jamais très loin

 

*

 

Ce qui nous séparait n’existe plus maintenant

Il n’y a plus que nous

 

Et maintenant tu nous relies

Nous qui restons ici pour un moment encore

Tu es entre nous – un fil solide qui nous empêche de tomber

 

Et nous avancerons

Avec toi

Avec tout ce qui est

Avec la douleur parfois

Mais avec cette chaleur aussi

Cette chaleur sous les larmes quand nous nous souviendrons de toi

De toi et de nous avec toi

Nous avancerons avec les détails

Le temps n’a plus d’importance

Avec chaque moments – tout est là maintenant

Et ce sera précieux de t’avoir connu

 

Je te laisse aller – sois en paix

Nous resterons là encore un moment

Nous veillerons

Nous guetterons les signes

Nous t’évoquerons et cela te fera revenir

A quelques pas de nous

Ne t’inquiète pas

Nous ne sommes pas seuls

 

 

 

 

Corinne Hoex : « Le pays lointain »

 

Il n’y a plus rien à dire.

Te voilà à l’orée de cette forêt

que tu vas traverser.

Seulement écouter

le frottement léger de ton espadrille

dans le sous-bois feutré.

 

Tu fais signe au revoir.

Le vent dans les pins

t’emporte et tu danses,

danses avec le ciel,

danses avec la pie

au-dessus des nuages.

 

Tu fais signe au revoir.

Au revoir. Au revoir.

Tu bois l’horizon.

Tu bois la lumière.

À travers les branches,

le dard du soleil.

 

Tu fais signe au revoir.

Les oiseaux se taisent.

Couronnement muet.

Avalanche d’aiguilles.

 

Au revoir. Au revoir.

Le dard du soleil.

Parfum vert du vent

que le ciel emporte.

Pascal Leclercq

 

Reste la vie que j’avais cru si douce – et qui dans mon dos fourbissait ses armes. Reste la possibilité de partir, restent les devantures des magasins de luxe, devant lesquelles on reste pour rester. Reste le restant dû, qu’il faudra bien solder un jour ou l’autre, les amis qui resserrent les liens, qui ne lâchent rien mais qui restent impuissants, restent les mains, les pieds, les corps de nos enfants en devenir, restent les têtes bien faites, reste le souvenir des jours passés à s’étreindre, d’une peau qui frémit au premier soleil du matin, reste un son venu tout droit du désir de vivre, et le cœur qui s’emballe à la vue d’une nuque, ou de la silhouette aimée, restent les soirs passés à t’attendre la nuit, restent les nuits passées à t’attendre, restent les derniers jours, reste une envie aiguë, ou pas du tout aiguë, plus du tout affûtée, reste une faim qui s’aiguise en mangeant, restent les verres, les couverts, les assiettes et les tasses, reste tout ce qui reste et dont on ne veut pas, restent des torrents de colère et de tristesse, qui affluent alors qu’on ne les attend pas, reste le regret d’avoir regretté, le remord d’avoir remué, reste la déception de n’avoir pas été, reste ce qu’on veut oublier, ce qui ne se laisse pas oublier, alors que je reste avec toi, avec ce qu’il me reste de toi, alors que reste en moi ce qui de toi n’est plus.

Jean-Pierre Verheggen

 

Mort où est ta victoire ?

 

Oui ! Mort où est ta victoire ? C’est trop facile, ma vieille !

D’autant que tu ne fais pas dans la dentelle, n’est-ce pas ?

Tu y vas à la grosse louche Tu fais mouche de la moindre

toux suspecte ou d’une poussée de fièvre où te conduit

( il s’y entend, question fièvre de cheval!) ton complice,

ton postillon de service. Du plus jeune des innocents aux

plus paisibles pensionnaires de nos maisons de retraite,

c’est la même technique . De faux-cul ! D’hypocrites

qui font les gentils-gentils pour mieux nous « entuber »

Qui se présentent – avez-vous vu ça ? – sur nos écrans TV

stylisés sous l’aspect trompeur d’une pizza margherita

ou d’un petit quatre heures de tarte aux fruits pour écoliers

affamés, voire d’une couronne tressée de fleurs comme

en portaient les premières communiantes d’autrefois

Judas, cauteleux et patelins qui comme Ponce Pilate

vous en lavez les mains -peu recommandables quant

à elles ! – et laissez des familles entières, éplorées,

contraintes aux adieux silencieux, en nombre réduit,

tant proches qu’ amis, aux obsèques des plus chers

de vos chéris, sachez que s’il nous faut payer le prix

d’une victoire à « la Virus » nous hurlerons de joie

 

à l’annonce de votre défaite complète!

Carl Norac : « Fleurs de funérailles » (français, espagnol, anglais, portugais et turc)

« Fleurs de funérailles »

 

Il y a des mots pour tout, nous dit-on,

des mots à la vie, à la mort.

Chaque langue serait ce jardin où il nous semble

aisé de les cueillir, de les tenir alors

du bout de l’encre ou du bord des lèvres.

Seulement, parfois ces mots nous manquent,

infiniment moins que toi,

mais ce matin, ils nous manquent

autant que les visages alentour.

Nous aimions pourtant la douceur du silence

quand il figurait cet oiseau

qui s’envolait pour nous ouvrir,

l’un vers l’autre, au seul regard.

Nous aimions sans avoir besoin de le dire

mettre nos pas dans tes pas

et les chemins se nouaient seuls,

s’entrelaçaient comme font les années.

Un autre silence il y a peu nous fut imposé,

sans pouvoir te voir ou te toucher,

lorsque rien en nous ne pouvait épeler

la première syllabe d’un adieu.

Cependant, à cette heure,

nos pas dans tes pas encore,

avec nos mots qui manquent

ou qui se changent en fleurs,

nous sommes bien présents d’où que nous soyons.

Quel que soit la clairière,

le vide tout autour,

rien aujourd’hui n’est moins clairsemé

que notre amour.

« Flores funerarias »

 

Hay palabras para todo, dicen,

palabras a la vida, a la muerte.

Cada lengua es el jardín donde se nos antoja

sencillo recogerlas, y ponerlas luego

en la punta de la pluma o en el borde de los labios.

Solo que, a veces, nos faltan las palabras,

infinitamente menos de lo que nos faltas tú,

pero esta mañana, nos faltan

tanto como las caras alrededor.

Y mira que nos gustaba el dulce silencio

cuando figuraba esa ave

que alzaba el vuelo para abrirnos,

el uno al otro, a la única mirada.

Amábamos sin necesidad de decirlo

sin guiar nuestros pasos tras los tuyos

y los caminos se trazaban solos,

se entrelazaban igual que los años.

Otro silencio hace poco nos fue impuesto,

no poder verte ni tocarte,

cuando nada en nosotros sabía

deletrear la primera sílaba de un adiós.

Y sin embargo, en esta hora,

nuestros pasos tras tus pasos todavía,

con las palabras que faltan

o que se tornan en flor,

estamos presentes allá donde estemos.

Por extenso que sea el claro

el vacío en derredor,

nada hoy es menos árido

que nuestro amor.

 

Traducido por Regina López Muñoz

« Flowers for a funeral »

 

There are words for everything, they say,

words for life, for death.

Every language—a garden where words

seem easy to gather and hold

by the tip of their ink or the edge of our lips.

But, sometimes, we miss these words,

infinitely less than we miss you,

but this morning, we miss them,

just as much as the faces around us.

And yet, we loved the sweetness of silence

when it rose up like a bird

taking flight to bring us closer

to each other, and no one else.

We loved without having to say it,

following in your footsteps,

the paths would weave together on their own,

intertwining the way years do.

Not long ago, another silence fell,

and we couldn’t see you or touch you,

and nothing in us could sound out

the first syllable of a goodbye.

But, in this hour,

our footsteps still in yours,

with our words gone missing

or growing into flowers,

we are present, no matter where we’re from.

Whatever glade,

or empty space around us,

nothing at this moment is less divided

than our love.

 

Translated by Alex Niemi

 

« Flores de funeral »

 

Há palavras para tudo, dizem,

palavras para a vida, para a morte.

Cada língua seria assim aquele jardim onde nos parece

fácil colhê-las, deixando-as então brotar

da ponta da caneta ou aflorar aos lábios.

Só que, por vezes, faltam-nos as palavras,

infinitamente menos que tu,

mas faltam-nos, esta manhã,

tanto como as caras em redor.

E, no entanto, gostávamos da doçura do silêncio

quando, qual pássaro

num bater de asas, nos abria

um para o outro num mero olhar.

Gostávamos, sem que fosse preciso dizê-lo,

de pôr os nossos passos nos teus

e os caminhos atavam-se por si,

entrelaçavam-se como fazem os anos.

Outro silêncio nos foi agora imposto,

sem poder ver-te nem tocar-te,

quando nada em nós sequer soletrava

a primeira sílaba de um adeus.

No entanto, ainda agora,

com os passos mais uma vez postos nos teus,

as palavras que nos faltam

ou se fazem flores,

estejamos onde estivermos, estamos presentes.

Que importa a clareira,

o vazio em redor,

nada hoje é menos esparso

que o nosso amor.

« Cenaze çiçekleri »

 

Her şeyi anlatan bir söz vardır diyorlar

hayat sözleri, ölüm sözleri.

Her dil bize onları kolayca seçebileceğimiz

bir bahçe gibi görünür, söz tutmak için

mürekkep ucundan, dudak kenarından.

Fakat bazen bu sözler eksik kalır,

senden sonsuzca daha az,

hele bu sabah, etraftaki yüzleri özler gibi

eksik kaldı.

Oysa sessizliğin yumuşaklığını severdik

o kuşu çizdiği zaman

uçtuğu an bizi birbirimize

tek bir bakışta açtığı an.

Söylemesek te severdik

birbirimizin ayak izlerine basarak

yollar kendi kendine bağlanırdı,

yıllar gibi üstünden geçerdi.

Son zamanlarda bize başka bir sessizlik yüklendi,

seni göremeden, sana dokunamadan,

içimizde daha hiçbir şey

elvedanın ilk hecelini seslendiremezken.

Ancak bu saatte,

adımlarımız adımlarında yeniden,

çiçeklenen veya eksik

sözlerimizle,

nereden gelirsek gelelim buradayız.

Ova ne alemde olursa olsun,

etrafı boşluk,

bugün her şeyden çok nadir olan

aşkımızdır.

 

Traduction: Canan Marasligil

Het gedicht in het Nederlands

Laurence Vielle

 

Au revoir

je voudrais te dire merci

merci d’être passé.e sur cette terre

je voudrais te dire

que l’amour est plus fort que la mort

aujourd’hui

nos pensées d’amour fleurissent ton départ

elles viennent de ceux qui ne peuvent être là

nous saluons ta vie, ton chemin

nous regrettons de n’avoir pu

accompagner tes derniers moments

nous ressentons en nous ta présence

en nous, nous entendons ta voix

nous voyons ton regard

les oiseaux chantent plus fort dans ce temps-ci

et c’est pour toi

l’air est plus léger dans ce temps-ci

et c’est pour toi

le monde est suspendu

et nos coeurs qui scintillent à ton souvenir

sont les étoiles d’un ciel nouveau

et ton corps

comme la feuille qui se détache de l’arbre

commence un voyage invisible

le printemps lui répond :

« après la vie il y a la mort

après la mort il y a la vie »

nous te portons en nous comme une caresse

ton poids d’humain va manquer à la terre

je te serre contre mon coeur

au revoir     à dieu

je voudrais te dire merci

merci d’être passé.e sur cette terre

 

Hasta la vista

quisiera darte las gracias

gracias por haber pasado por este mundo

quisiera decirte

que el amor es más fuerte que la muerte

hoy

nuestros pensamientos de amor florean tu partida

son los de quienes no pueden estar ahí

rendimos homenaje a tu vida, a tu camino,

lamentamos no haber podido

acompañarte en tus últimos momentos

sentimos en nosotros tu presencia

en nosotros, oímos tu voz

vemos tu mirada

los pájaros cantan con más ganas últimamente

y es por ti

el aire es más liviano últimamente

y es por ti

el mundo está en suspenso

y nuestros corazones que titilan con tu recuerdo

son los luceros de un cielo nuevo

y tu cuerpo

como la hoja que se desprende del árbol

inicia un viaje invisible

la primavera le responde:

«después de la vida está la muerte

después de la muerte está la vida»

te llevamos muy dentro como una caricia

la tierra añorará tu peso humano

te estrecho contra mi corazón

hasta la vista     adiós

quisiera darte las gracias

gracias por haber pasado por este mundo

 

Traducido por Regina López Muñoz

 

Elveda

sana teşekkür etmek isterim

bu dünyadan gelip geçtiğin için teşekkür ederim

söylemek isterim ki

aşk ölümden daha güçlü

bugün

gidişin sevgi dolu duygularımızla yeşeriyor

burada olamayanlardan geliyor

hayatını selamlıyoruz, yolculuğunu

son zamanlarında

yanında olamadığımız için üzgünüz

içimizde varlığını hissediyoruz

içimizde, sesini duyuyoruz

bakışını gözlüyoruz

kuşların sesi daha yoğun ötüyor bu aralar

senin için

hava çok daha hafif bu zamanlar

senin için

dünya askıya alındı

ve gönüllerimiz seni anarak parlıyor

yeni bir gök yüzünün yıldızları onlar

ve bedenin

ağaçtan ayrılan yaprak gibi

görünmeyen bir yolculuğa çıkıyor

ilk bahar sesleniyor:

“hayattan sonra ölüm var

ölümden sonra ise hayat”

seni içimizde okşar gibi taşıyoruz

insan ağırlığın bu dünyada eksik olacak

seni sımsıkı gönlümün koynuna alıyorum

elveda Allah’a emanet

sana teşekkür etmek isterim

bu dünyadan gelip geçtiğin için teşekkür ederim

 

Traduction : Canan Marasligil

Tot ziens

ik zou je willen bedanken

dank dat je op deze aarde hebt vertoefd

ik zou je willen zeggen

dat de liefde sterker is dan de dood

vandaag

versieren onze liefdevolle gedachten je heengaan met bloemen

ze komen van degenen die niet aanwezig kunnen zijn

we groeten je leven, je levensweg

we betreuren dat we

in je laatste momenten niet bij je konden zijn

we voelen in ons dat je aanwezig bent

in ons, we horen je stem

we zien je blik

de vogels zingen luider de laatste tijd

en het is voor jou

de lucht is lichter de laatste tijd

en het is voor jou

de wereld is opgeschort

en onze harten die bij de herinnering aan jou gaan schitteren

zijn de sterren aan een nieuwe hemel

en zoals het blad zich losmaakt van de boom

begint je lichaam

aan een nieuwe reis

de lente geeft het antwoord:

“na het leven komt de dood

na de dood komt het leven”

we dragen jou in ons als een streling

je menselijk gewicht zal aan de aarde ontbreken

ik druk je tegen mijn hart

tot ziens    vaar wel

ik zou je willen bedanken

dank dat je op deze aarde hebt vertoefd

 

Nederlandse vertaling: Bart Vonck

Goodbye

I’d like to say thank you

thank you for being on this earth

I’d like to tell you

that love is stronger than death

today

our thoughts of love adorn your departure

spring from those who cannot be there

we pay tribute to your life, your path

we regret that we couldn’t

accompany your last moments

we feel your presence within

and, within us, hear your voice

we see your gaze

the birds sing louder now

and it’s for you

the air is lighter now

and it’s for you

the world is suspended

and our hearts, twinkling at your memory,

are stars in a new sky

and your body

like the leaf that falls from the tree

begins an invisible journey

springtime tells this leaf:

“after life, there is death

after death, there is life”

we carry you with us like a caress

the earth will miss your human weight

I hold you close

goodbye    farewell

I’d like to say thank you

thank you for being on this earth

 

Translated by Alex Niemi



Yves Namur : « (Un poème de circonstance) »

Avec le mot solitude sous le bras,

Toi,

Qui aurais tant aimé nous donner la main,

 

Une main ouverte

Où nous aurions cueilli avec toi les premiers jours du printemps,

 

Où nous aurions entendu tes rires

Et les oiseaux du jardin.

 

Une main

Où nous aurions trouvé le courage et la force

De vivre malgré tout,

 

Une main

Avec laquelle tu nous avais appris à marcher,

À travailler ou partager.

 

Aujourd’hui, tu as traversé la vie

Mais les portes restent grandes ouvertes comme ta main

 

Et nous savons bien que tu marcheras toujours

Dans nos pensées et dans nos cœurs.

 

30 mars 2020

« (A Poem for the Occasion) »

 

You left today

With the word solitude tucked under your arm,

 

You,

Who would have loved to give us a hand,

 

An open hand

Where we would have collected the first days of spring,

 

Where we would have heard your laughter

And the birds in the garden.

 

A hand

Where we would have found courage and strength

To live no matter what,

 

A hand

That taught us to walk,

To work or share.

 

Today, you’ve gone through life,

But the doors remain wide open, like your hand,

And we know that you will walk forever

In our thoughts and in our hearts.

 

March 30th, 2020

Translated by Alex Niemi

« (Un poema de circunstancias) »

 

Te has marchado hoy

con la palabra soledad bajo el brazo,

 

que tanto habrías querido darnos la mano,

 

Una mano abierta

donde habríamos cosechado contigo los primeros días de la primavera,

 

donde habríamos oído tus carcajadas

y los pájaros del jardín.

 

Una mano

donde habríamos hallado el valor y la fuerza

de vivir a pesar de todo,

 

una mano

con la que nos enseñaste a andar

a trabajar o compartir.

 

Hoy, has traspasado la vida

pero las puertas quedan abiertas de par en par, como tu mano

 

y sabemos muy bien que caminarás por siempre

en nuestros pensamientos y nuestros corazones.

 

30 de marzo de 2020

Traducido por Regina López Muñoz